( 05 Photos) Rahma: Une femme de ménage devenue millionnaire

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Rahma El Mouden : Parcours d’une femme de ménage devenue millionnaire aux Pays-Bas (vidéo) nstallée à Amsterdam depuis 1975, Rahma El Mouden est devenue une figure influente dans son pays d’accueil. Zoom sur une femme au parcours atypique et à la volonté inébranlable. Enfant, elle avait l’habitude de se poster près d’un arrêt de bus, dans l’espoir qu’un touriste la remarque et l’emmène loin de Tanger, sa ville natale. Aujourd’hui âgée de 53 ans, cette dame, dont la silhouette rappelle étrangement celle d’Angela Merkel, est à la tête de quatre entreprises aux Pays-Bas. « J’ai toujours su que je ne resterai pas au Maroc. Cette envie d’ailleurs était motivée par ma condition familiale. Comme mes soeurs, je n’avais pas droit au chapitre, mais j’étais la seule à contester l’autorité parentale et l’inégalité de traitement avec mon frère », raconte-t-elle sourire en coin. A 16 ans, Rahma est demandée en mariage pour la troisième fois. Le prétendant, un Marocain résidant en Espagne, est le seul à trouver grâce aux yeux de l’adolescente. « J’ai refusé les deux premiers, parce que ce qu’ils avaient à m’offrir ne m’intéressait pas. Celui-là n’avait pas une très bonne situation, mais au moins il vivait à l’étranger, c’était déjà ça ! » Le mariage scellé, notre Tangéroise (et fille d’imam) embarque pour la Hollande, où son époux venait de se faire embaucher. « Les débuts furent très difficiles. Je ne comprenais pas la langue, je passais mes journées à la maison avec l’obligation d’être aussi discrète que possible. Cette dépendance était infernale. » Extravertie et très vive, la jeune femme ne conçoit pas de vivre en Europe comme si elle était encore à Tanger « Je n’avais pas quitté mon pays et ma famille pour me retrouver dans une configuration similaire. » Elle patiente pourtant quelques années avant de poser un ultimatum à son mari. L’un d’eux devait se remettre à étudier. « Il a d’abord été surpris, puis s’est mis à rire en déclarant que s’il avait voulu continuer ses études, il serait resté au bled. Je n’ai pas relevé le sarcasme. Je voulais apprendre le néerlandais pour pouvoir ensuite trouver du travail; à l’époque, c’était une petite révolution. Aucune des femmes du quartier ne sortait de chez elle. Elles étaient assignées à la cuisine et à l’éducation des enfants. Moi, j’étais décidée à évoluer, quitte à faire cavalier seul ! » Devant son insistance, son mari finit par la placer comme femme de ménage dans l’usine qui l’emploie. Rahma est désormais salariée. Son énergie la sort rapidement du lot. « J’avais l’habitude de faire le ménage à l’ancienne, avec des trombes d’eau et des tonnes de savon. Un jour, l’un des chefs de service m’a trouvée en train de récurer le sol comme si ma vie en dépendait. Il a eu l’air très surpris et m’a demandé ce que je faisais exactement. “Il faut que ça brille”, lui ai-je répondu. » Tout est parti de là. Rahma gravit les échelons et se retrouve à la tête d’une petite équipe, avant d’être recrutée comme manager par une entreprise de nettoyage. Elle a déjà sept ans d’ancienneté lorsque la structure fait l’objet de remaniements internes. Les patrons réunissent l’équipe pour l’informer des changements de l’organigramme. Les promotions octroyées avaient été inscrites à la craie sur un tableau. De tous les membres de l’ancien staff, Rahma est la seule à n’avoir reçu aucune gratification. C’était incompréhensible. « Mon travail donnait entière satisfaction, mes supérieurs me félicitaient à longueur de journée, mais au moment de distribuer les bons points, personne ne s’était souvenu de mon nom ! Pire, ils avaient placé au-dessus de moi quelqu’un que j’avais embauché. J’ai demandé des explications. Ils se sont mis à jouer sur les mots. Je me suis levée calmement, en pointant l’assemblée du doigt, et j’ai dit : “Rahma ne mange pas d’herbe !” En néerlandais, cela signifie “ne me prenez pas pour une bécasse”, et je suis sortie en claquant la porte. » Une page tournée, une autre écrite Sa décision, Rahma El Mouden n’a pas eu à la regretter. Une connaissance l’incite à monter sa propre entreprise de nettoyage et lui garantit dès le départ quatre clients. Elle hésite un peu. Certes, le management n’a plus de secrets pour elle, l’entretien des locaux non plus, mais est-ce bien suffisant pour se lancer ? « J’ai fait part du projet à mon homme. Il était effaré ! Nous venions à peine d’investir dans l’achat d’un appartement. Pour lui, ce n’était pas le moment de jouer les entrepreneuses en herbe. Il y avait du vrai dans ce qu’il disait, mais l’idée était trop séduisante… » MAS-Entreprise voit donc le jour quelques semaines plus tard, au milieu d’une chambre à coucher. Siège social fantasque pour une personnalité haute en couleur. « Chaque matin, je rangeais la pièce en vitesse pour y accueillir mes deux collaborateurs. C’était étroit, étrange, mais c’était à moi. J’avais promis à mon mari que si ça ne décollait pas, j’enchaînerais les ménages pour l’aider à payer les traites. » Son premier contrat, Rahma le décroche le jour de son anniversaire. Deux mois plus tard, une autre firme fait appel à ses services, puis une autre et encore une autre. Ses prix abordables lui confèrent rapidement une grande notoriété dans le milieu. Nous sommes en 1997. La clientèle augmente. MAS-Entreprise doit s’agrandir pour répondre aux demandes. De fil en aiguille, elle commence à se diversifier. Ses contractants finissent toujours par évoquer des besoins parallèles : sécurité, jardinage, restauration, construction, second oeuvre du bâtiment. Des besoins auxquels Rahma souhaite répondre. Trois nouvelles filiales sont créées. Il est désormais possible de solliciter le groupe à plusieurs niveaux. « Je n’ai jamais aimé dire non aux clients. Dès que l’on me demande quelque chose, je mets un point d’honneur à satisfaire la requête.» L’ambition de ceux « partis de rien » Aujourd’hui femme d’affaires aguerrie, Rahma El Mouden emploie 400 personnes et côtoie le gotha local. Deux filiales et une septième entité sont en cours de construction La création d’une entreprise marocaine est aussi d’actualité. Ce qui séduit dans le personnage, c’est cette véritable empathie à l’égard des salariés, avec qui elle partage l’ambition des « partis de rien ». La formation continue est d’ailleurs son crédo. « Si vous êtes manuel, on peaufinera vos connaissances. Si vous êtes analphabète, on vous apprendra à lire. Il faut savoir progresser et prétendre à mieux. Une philosophie qui se reflète jusque dans le slogan de la firme : «Le client est roi, l’employé est empereur» Et l’empire grandit… En parallèle, elle envisage de passer son baccalauréat et d’intégrer l’université pour y étudier les lettres ou les sciences politiques. « Tout dépendra de la faculté qui m’acceptera. J’adore écrire, j’ai pris l’habitude de noter mes ressentis. La politique, la vraie, m’intéresse également. D’ici un an, je serai fixée », assure-t-elle. Pas de retraite en vue, juste beaucoup de travail, des chantiers, de l’innovation et de l’ambition. Rahma El Mouden n’a pas peur de ses rêves et prend même un malin plaisir à les réaliser. A chacun son fuel… 


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