BANK-ORANGE ARRIVE ET MENACE LES BANQUES CLASSIQUES

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Orange money détient désormais un agrément pour officier comme les banques. Ce produit de la Sonatel, filiale de l’opérateur de télécoms français Orange va ébranler le système bancaire national avec un portefeuille clients déjà très impressionnant.

 

L’exercice 2015 publié au cours du mois de février dernier indique que le parc d’abonnés actifs à Orange Money s’élève à prés de 2 millions d’abonnés en croissance de 54% générant un volume de transactions de 1835 milliards de FCFA. Orange Money a ainsi contribué à la croissance du chiffre d’affaires de la Sonatel en 2015 à hauteur de 13,7%,  à 14, 9 milliards de FCFA.

 

Déjà fortement ébranlés par l’implantation de nombreuses banques, filiales de banques africaines ou internationales, les établissements financiers classiques vont souffrir énormément avec l’avènement d’un acteur majeur comme Orange Money. Comme dans d’autres pays africains tels que le Mali, la Côte d’Ivoire et la Guinée, le groupe de télécoms français présent au Sénégal via Sonatel a obtenu un agrément auprès de la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest(BCEAO) comme émettrice de monnaie électronique, selon Jeune Afrique.

 

Très active sur le marché financier depuis mai 2010, Orange Money revendiquait rien qu’en 2013 plus de 5 millions en volume de transactions et 27 milliards en valeur. Alors si la filiale sénégalaise avait obtenu un partenariat avec la BICIS pour lancer son produit en mai 2010, désormais, avec son agrément d’émission de monnaie électronique de la BCEAO, elle pourra gérer sans partenaire bancaire le paiement de factures ou des transferts d’argent à partir des comptes Orange Money de ses clients.

 

Marc Rennard, le tout nouveau directeur général adjoint d’Orange  chargé de l’expérience client et des services financiers sur le mobile et ancien  directeur exécutif Afrique, Moyen-Orient et Asie du groupe français de télécoms pendant dix ans( de 2006 au lundi 29 février 2016) a indiqué à Jeune Afrique que « ces agréments sont devenus nécessaires du fait de l’évolution de la réglementation. Ils vont nous permettre plus de flexibilité pour le développement de nouveaux services et nous donnent également davantage de responsabilités pour le bon respect de KYC (Know Your Customer), les processus de vérification d’identité des clients, ».

 

Interpellé sur une telle situation, l’économiste-financier Ousmane Biram Sané campe la situation en indiquant que « désormais l’activité d’émission de monnaie électronique  du groupe français de télécoms  Orange est sous la régulation de l’institut d’émission, la BCEAO, avec toutes les contraintes qui en découlent : respect de la réglementation, surveillance de la transparence, l’intégrité, la solvabilité, la liquidité etc. Sans  doute aussi, la coopération monétaire avec la France  a facilité une telle libéralisation ! ».  Le consultant  international ajoute ensuite qu’il faut reconnaître  que la téléphonie est un produit de consommation de masse et, qui plus est, le volume de cash-flows dégagé par le groupe français de télécoms en Afrique rend possible le développement de services à valeur ajoutée tels que les paiements électroniques et les transferts d’argent. C’est indéniable.

 

Des activités concurrentes à celles des banques : une approche contestable de Orange, selon Ousmane Biram Sané

 

En Afrique de l’Ouest le groupe Sonatel, filiale de France Télécoms, pour le prendre en exemple, génère 2,3 milliards par jour. Et chaque jour qui passe, il réalise 500 millions de FCFA bénéfice ! C’est cela qui pourrait être inquiétant pour les banques et autres sociétés de transfert rapide d’argent, tant ce groupe est sur-liquide ! ».

 

L’ancien patron de l’Antenne Nationale de la Bourse régionale des valeurs mobilières de l’Afrique de l’Ouest estime « par contre, sauf à admettre que nous sommes dans une forme de désintermédiation bancaire, il est très contestable qu’Orange puisse développer des activités concurrentes à celles des banques. Ce serait un manque à gagner pour ces dernières car, c’est connu, les activités de commissions contribuent de façon significative à la marge bancaire en complément aux activités de taux. Faut-il réglementer la monnaie électronique ? Oui assurément ! Faut-il octroyer l’agrément directement au demandeur, sans adossement à un partenaire bancaire ? Autrement dit libéraliser la monnaie électronique ? Oui et Non ».

 

1/ «Oui pour les raisons développées plus haut et qui tiennent à la rencontre des TIC, de la consommation de masse et du paiement en espèces qui poussent les entreprises concernées à avoir une gestion de trésorerie plus productive via des services de monnaie électronique. »

 

2/ « Non, car c’est une désintermédiation qui va faire jurisprudence et dans laquelle peuvent s’engouffrer d’autres agents économiques comme par exemple le groupe Total qui vient de lancer son propre réseau de transfert d’argent. Et demain peut-être la SDE, les Hypermarchés et pourquoi pas les pharmaciens et toutes ces activités à encaissements journaliers élevés ! En somme, la BCEAO est restée ambivalente, elle  déréglemente en ouvrant la monnaie électronique à des acteurs non bancaires mais re-réglemente en le mettent dans son giron. Mais la BCEAO pourrait-elle continuer à mener à la baguette les innovations financières ? » Conclut le docteur en Monnaie Finance Banque de Lyon 2.

 

Abdou Karim DIARRA

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