Et si le modèle économique de Serigne Touba était la solution ? (Par Mouhamed Dia)

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Thomas Sankara disait : «D’autres avant moi ont dit, d’autres après moi diront à quel point s’est élargi le fossé entre les peuples nantis et ceux qui n’aspirent qu’à manger à leur faim, boire à leur soif, survivre et conserver leur dignité. Mais nul n’imaginera à quel point  le grain du pauvre a nourri chez nous la vache du riche»

Depuis l’indépendance, le Sénégal peine à décoller, nous avons eu quatre présidents quelque peu différents, mais un peu similaires dans leur approche économique. Certains plus méritants que d’autres, mais le fait est qu’en 2018, le Sénégal fait toujours partie des pays les plus pauvres du monde. Presque la moitié de la population vit dans la pauvreté, plus de la moitié de l’autre moitié survit et un petit nombre vit dans « l’aisance »’ L’insalubrité est présente partout, la violence est devenue galopante pour un pays qui était connu pour sa sécurité. Nous avons délaissé notre culture et les cultures que nous voulons copier ne nous conviennent pas. Le Sénégal ne dispose pas de classe intermédiaire, soit, tu es riche par héritage, soit, tu fais partie des rares qui ont réussi dans les affaires ou soit tu fais de la politique. Oui, de la politique, malheureusement, la politique est devenue un métier au Sénégal, un qui permet une ascension sociale très rapide peu importe que vous méritiez le « poste politique » ou pas. Il suffit juste de ne point avoir de valeurs et d’anesthésier sa conscience. Si tous nos présidents sont sortis de nos frontières pour chercher des modèles économiques qui n’ont pas marché, n’est-il- pas de temps d’essayer le modèle économique de Serigne Touba ?

Léopold Sédar Senghor

En 1848, année de la proclamation de la deuxième République en France, les habitants de Dakar, Gorée, Rufisque et Saint-Louis deviennent des citoyens français. Ils sont appelés les assimilés et la plupart d’entre eux peuvent fréquenter les lycées de renommée tels que le Lycée Faidherbe ou Van Vollenhoven. Blaise Diagne accédera en 1914 à l’Assemblée nationale comme le premier noir. Puis Galandou Diouf devient le second député noir en 1934. Ce n’est que Lamine Gueye qui était maire de Saint-Louis, qui invitera Léopold Sédar Senghor à venir rejoindre le Parti Socialiste Sénégalais en 1945. Léopold Sédar Senghor est né le 9 octobre 1906 à Joal Fadiouth et devient président du Sénégal le 5 septembre 1960. L’économie sénégalaise était principalement composée d’arachide et représentait près de 80 % de nos exportations. Avec la sècheresse de 1967, la récolte a baissé de près de 20 % et cela a créé une crise au Sénégal. Avec plus de deux tiers de la population vivant dans le milieu rural, la crise fut ressentie à travers tout le pays et résulta à quelques scènes de violence. Durant le début de sa présidence, Léopold Sédar Senghor adoptera les idées du philosophe et Jésuite Français Pierre Teilhard de Chardin. Durant son discours de 1957, il avait tenu ces propos : « Quand les enfants ont grandi, du moins en Afrique noire, ils quittent la case des parents et construisent à côté une case, leur case, mais dans le même carré. Le carré France, croyez-nous, nous ne voulons pas le quitter. Nous y avons grandi et il y fait bon vivre. Nous voulons simplement, Monsieur le Ministre, mes chers collègues, y bâtir nos propres cases, qui élargiront et fortifieront en même temps le carré familial, ou plutôt l’hexagone France ». Cela étant dit, nous pouvons dire que la présidence de Léopold Sédar Senghor reposait sur une crise d’identité donc il est impossible d’avoir un modèle économique adéquat quand on ne sait pas encore qui on est.

Abdou Diouf

 Né le 7 septembre 1935 à Louga avant d’entamer ses études de droit à l’université de Dakar et de les poursuivre à Paris. Il deviendra le directeur de cabinet du président Senghor en 1963, puis il prendra les fonctions de secrétaire général de la présidence en 1964, ensuite, il sera ministre du plan et de l’industrie de 1968 à 1970 avant d’être nommé Premier ministre en 1970. À la suite de la démission du président Senghor le 1er janvier 1981, il deviendra le deuxième président de la République du Sénégal avant de gagner les élections de 1983, 1988 et 1993. Il perdra les élections de 2000 face au président Wade. L’un des premiers actes posés par le président Diouf le 24 avril 1981 fut l’abolition du quadripartisme dans le but de démocratiser la sphère politique. Cela résulta de la modification de l’article 3 : « Les partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils sont tenus de respecter la Constitution ainsi que les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie. Il leur est interdit de s ‘identifier à une race, à une ethnie, à un sexe, à une religion, à une secte, à une langue, à une région ».

Pendant que le président Diouf construisait notre démocratie et la transparence dans la gestion des deniers publics, la banque mondiale et le FMI demandèrent des mesures draconiennes face à cette mauvaise situation économique que le président Diouf hérita du président Senghor. Ils recommandèrent pour ne pas dire exigèrent la diminution de l’effectif de la fonction publique ainsi que l’augmentation des prix des denrées de première nécessité et l’arrêt de la subvention de l’arachide durant cette période avec la chute du cours de l’arachide. La situation économique du pays fut toujours désastreuse avec la dette représentant 60 à 70 % du PIB soit près de la moitié de nos recettes allouées au service de la dette. Les recettes de l’État furent insuffisantes, les banques eurent des problèmes de liquidités car les retraits étaient supérieurs aux dépôts. Avant l’élection présidentielle de 2000, nous pouvions noter de nets progrès dans l’économie sénégalaise. La croissance avait accru de 2,2 % en 1993 à 5,1 % en 2000 et l’inflation elle avait décru de 32,1 % à 0,8 % durant le septennat du président Diouf (Le Monde du 27 février 2000). Cela était principalement dû à la dévaluation du FCFA qui reflétait l’état réel de notre économie. Le président Diouf a instauré la démocratie au Sénégal, mais il n’avait vraiment pas de modèle économique adéquat.

Abdoulaye Wade

 Né le 29 mai 1926, Abdoulaye Wade qui était un farouche opposant depuis Senghor marqua l’histoire du Sénégal avec sa première alternance politique de 2000. Président du Sénégal du 1er avril 2000 au 2 avril 2012, il était l’espoir de tout un peuple, un peuple qui l’aime de manière inconditionnelle. Il ne s’est pas mis dans une logique de vengeance malgré qu’il critiquât le régime du président Diouf. En bon politicien, il a utilisé les informations qu’il avait pour les faire chanter à sa manière. Il avait une vision qui était basée sur la décentralisation et la croissance endogène. Il a eu à créer plusieurs agences pour décentraliser la responsabilité des ministères pour réduire au maximum possible les immixtions politiques dans la gestion des deniers publics. Il a fait des efforts sur la mobilité urbaine après que la SOTRAC ait déclaré faillite. Il avait aussi misé sur la croissance endogène en investissant des milliards dans les infrastructures, car le Sénégal était en retard sur ce plan, ce qui en partie empêchait le décollage économique. Il a eu à faire de très bonnes choses sur ce plan et le Sénégal a commencé à avoir une image différente sous le président Wade que sous le président Diouf. Il n’avait pas peur du développement et n’était pas dans la lancée de soumission.

Au contraire, il croyait en la diversification des partenaires économiques et n’avait point peur de cracher ses vérités à quiconque. Lors du sommet de la FAO à Rome le 3 juin 2008, il disait : « C’est un concept dépassé, nous ne pouvons pas continuer à être assistés comme des mendiants »… »Ne venez plus nous imposer des institutions, des experts, l’Afrique d’aujourd’hui ce n’est plus celle d’il y a vingt ans. ». Cela étant dit, nous pouvons créditer au président Wade d’être le premier président à avoir une vision concrète de l’économie du Sénégal et un modèle reposant sur la croissance endogène avec les investissements dans les infrastructures et le capital humain.

Macky Sall

« Né le 11 décembre 1961 à Fatick, dont il fut maire de 2009 à 2012, Premier ministre de 2004 à 2007, Macky Sall occupe les fonctions de Président de l’Assemblée nationale sénégalaise de 2007 à 2008. Élu quatrième président de la République du Sénégal, il prend ses fonctions le 2 avril 2012 ». Il a occupé plusieurs fonctions sous le président Wade qui était son mentor. Le président Sall a proposé aux Sénégalais le PSE (Plan Sénégal Emergent) qui est un plan socio-économique qui est supposé booster la croissance économique du Sénégal en stimulant plusieurs facteurs de croissance. Son PSE a eu les effets escomptés sur le plan de la croissance économique, car le Sénégal a enregistré sa plus forte croissance économique sous le président Sall. Sa vision est aussi basée comme le père adoptif sur la croissance endogène qui est un modèle théorique de croissance économique auto-entretenue. Son Premier ministre s’inspire des économistes considérés comme les théoriciens de la croissance endogène qui sont Lucas, Romer et Barrow. Il en est à un mandat donc il sera impossible de juger le bilan général, mais au moins nous pouvons créditer au président Sall d’être le second président qui ait utilisé un modèle économique qui repose sur la croissance endogène.

 Et si la solution se trouvait dans le modèle économique de Serigne Touba

 Lire entre les lignes

Ils m’ont conseillé : « Va t’agenouiller devant les détenteurs du Pouvoir et tu obtiendras les récompenses qui t’enrichiront pour toute la vie ». J’ai répondu : « Je compte sur mon Seigneur, je me contente de Lui, je ne désire rien d’autre que le savoir et la religion ». « Comment pourrais-je confier mes affaires à des gens qui sont aussi incapables de s’occuper des leurs que des crève-la-fin ? « Ou bien comment l’amour des vanités de ce monde m’oblige-t-il à fréquenter des êtres dont la mesure est le parterre fleuri des démons ? Serigne Touba dit dans Masaalik Jinaan, les itinéraires du paradis :  » N’abusez pas de ma condition d’homme noir, pour ne pas profiter de moi car je suis le serviteur éternel, chaque génération qui passe aura la certitude que je suis venu pour elle  » La population sénégalaise est composée par 62 % de sénégalais entre 0 et 24 ans et 30 % entre 25 et 54 ans. La jeunesse représentant un grand nombre de la population, Serigne Touba nous dit aussi : « Ô vous la génération des jeunes ! Si vous redoutez la honte, faites précéder l’action de la science » et il ajoute aussi : « Ô vous les adolescents ! Ne vous préoccupez que de droiture, évertuez-vous à la recherche du savoir. Il nous montre que la quête du savoir est essentielle dans la réussite donc il nous faut un investissement sérieux dans l’éducation de notre pays. Serigne Touba nous dit aussi : aidez les pauvres, les malheureux, ainsi que les endettés. Cela entre dans le socialisme dont les pays industrialisés nous parlent, mais que nous possédons déjà dans notre pays. Aucun pays industrialisé ne s’inspire de « modèle économique » de l’Afrique donc pourquoi devons-nous nous inspirer de leur modèle économique ? Chaque pays a ses réalités socio-économiques donc pourquoi ne pas utiliser un modèle économique qui nous est propre tout en ne négligeant pas les aspects positifs d’autres modèles applicables à nos réalités ?

Le modèle en tant que tel :

Serigne Fallou disait aux jeunes qui avaient quitté le milieu rural pour Dakar de rentrer pour travailler dans l’agriculture et vivre dignement. Serigne Fallou savait déjà que le secret était dans l’exode urbain. Nous prendrons des exemples pour montrer comment Serigne Touba a eu à le faire et a appris à sa progéniture le modèle économique le plus sûr pour le développement. En 1991, le gouvernement du président Diouf octroie 45.000 hectares à Serigne Saliou à Khelcom pour une exploitation agricole. Il n’a pas bénéficié d’accompagnement ni de subventions de la part du gouvernement, mais avec l’aide des fidèles mourides, il a pu développer le site en le dotant de puits, de forages, de canalisation sans parler des daaras qui y sont pour la quête du savoir. Il a fait ériger des magasins pour le stockage des récoltes, des contrats ont été signés avec des compagnies d’hydrocarbures pour l’approvisionnement en en carburant. Près de 5 milliards y ont été investis dans l’éducation, l’autosuffisance alimentaire et une vie digne. Si nous amenons ça dans une échelle macro-économique, cela nous montre que pour se développer, il faut impérativement que nous développions le secteur agricole et le secteur primaire de manière générale pour créer l’effet d’entraînement sur les autres secteurs.

Nous privilégierons le secteur agricole sans négliger les autres secteurs. Nous devons changer la structure de notre économie pour passer d’une économie agricole à une économie industrielle, arrêter d’exporter nos matières premières et les transformer avant de les exporter. Si cela est fait dans toutes les communes du Sénégal cela nous mènera vers une émergence du Sénégal, il faudra impérativement développer toutes les régions d’une manière harmonieuse pour inverser la tendance de l’exode rural à l’exode urbain qui est un autre frein au développement. Le Sénégal comprend six grandes zones agro écologiques : la vallée du fleuve Sénégal couvrant une partie de Matam et de Saint-Louis, la zone sylvo-pastorale qui est la principale région d’élevage, la zone des Niayes qui est une zone horticole, le bassin arachidier qui couvre les régions de Thiès, Diourbel, Louga, Fatick, Kaolack et Kaffrine, la Casamance où on cultive le riz et la production fruitière, céréales et de coton, et le Sénégal oriental, couvrant la région de Tambacounda et de Kédougou, qui est une zone cotonnière et céréalière. Si ces zones sont développées et industrialisées, les jeunes y resteront pour y travailler et nous ferons face à l’exode urbain. Nous assisterons au développement du secteur primaire et secondaire et le problème de chômage sera un vieux souvenir.

L’exemple de la cite bénite de Touba

Certes, Touba a bénéficié des prières formulées par Serigne Touba dans la Quête du bonheur des deux Mondes- Matlabul Fawzeyni. Une des prières formulées est « fais affluer tout ce qui est bien-être et bienfait du patrimoine des six côtés de la planète vers ma demeure la cite bénite de Touba ». Nous pouvons nous inspirer de la réussite économique de cette cité pour en faire autant dans les autres communautés rurales du pays. Fondée en 1888 par Serigne Touba, la ville de Touba est méconnaissable de nos jours. On y trouve des centres commerciaux dans tous les coins de rue, les succursales de presque toutes les banques de Dakar à cause du boom économique qui y prend place. Avec deux millions de personnes, c’est la communauté rurale la plus riche du pays. Si le gouvernement avait une vision économique qui s’appuie sur le secteur agricole et qu’il y ait des industries à travers le pays, pensez-vous que les jeunes penseront à quitter leur terroir ? On trouve un modèle de développement endogène à Touba sans perdre nos valeurs ni avoir à nous endetter d’une manière excessive pour nous développer. Si malgré le manque d’infrastructures à Touba et le problème d’assainissement, la cité arrive à être la deuxième ville économique du Sénégal après Dakar, cela montre la réussite de leur modèle économique. La discipline, la quête du savoir et le travail sont les piliers de la réussite économique. Il est temps que le gouvernement s’inspire de ce modèle et de développer le Sénégal en passant par le secteur agricole et tout le secteur primaire, de créer des entreprises pour l’emploi des jeunes. On a tout essayé depuis l’indépendance et ça ne marche toujours pas donc n’est-il pas temps d’adopter le modèle économique de Serigne Touba ?

Mohamed Dia, Consultant bancaire

Email : mohamedbaboyedia@gmail.com

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