IDRISSA SECK : Secours et recours pour l’opposition.

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Macky Sall déroule sa stratégie politique en roue libre pour gagner en 2017 et en 2019. L’opposition quant à elle, est à la peine pour réussir une unité d’action et un rassemblement pouvant contrebalancer le poids de Benno Bok Yakar la mouvance présidentielle. Il ne faut pas être devin pour comprendre le mal ou la faute politique intrinsèque de l’opposition actuelle.

Constatons froidement les jalons que Macky Sall n’arrête pas de planter :

Depuis 2012, Macky Sall mobilise tous les moyens de l’Etat et sa puissance financière pour gagner les élections les unes après les autres et à préparer les futures échéances électorales.  Ses conseils de Ministres décentralisés, ses tournées économiques, ses « gratifications » aux cités et autorités religieuses, ses dossiers scandaleux mis sous le coude et autres accaparement des biens de la nation et pratiques clientélistes étalés à profusion sur la place publique, n’ont qu’un seul but : se donner les moyens d’être réélu. Il ne manque pas  de génie ou de cynisme politiques, selon les analyses que l’on peut faire sur sa capacité  à maintenir sous son giron les dinosaures politiques de son Benno. Avoir compris que ceux-ci aspiraient à une retraite politique dorée et la leur fournir grassement, ainsi que créer des institutions pour ancrer et ferrer sa clientèle politique, relèvent du génie. Mais utiliser des moyens non conventionnels et dénudés de moralité, consistant à diviser et affaiblir leurs partis pour arriver à la même fin, relève du cynisme. Mais c’est toujours sans état d’âme et selon l’adage séculaire : « la fin justifie les moyens », tous les moyens ajouterais-je, qu’il applique avec une froideur glaciale ses plans politiciens. Pour preuve, utiliser en la dépoussiérant l’arme politico-judiciaire de la CREI, pour éliminer un adversaire politique et en prime réussir à l’exiler dans un deal éco-politique, est digne de faire rougir Antisthène maître de l’école philosophique de la Grèce antique appelée le Cynisme. Ce même esprit de froide impudence l’a inspiré dans cette tentative fraternelle d’appropriation des ressources gazières et pétrolières. Mais comme dans un jeu d’échec il avait des coups d’avance, en appâtant les forts en gueule des médias et de la société civile pour mieux les museler. Quant à l’OFNAC, Seynabou N. Diakhaté a fermé le ban : « L’OFNAC n’est ni un justicier ni un mini-parquet ». Circulez, il n’y a plus rien à voir.

Mais la pire des supercheries politiques constitue son entreprise de « réduire l’opposition dans plus sa simple expression ». Tous les chefs de parti de l’opposition significative sont traqués, dénigrés et discrédités déloyalement afin d’anéantir toute tentative de regroupement ou de rassemblement pouvant aboutir à la création d’une force unitaire susceptible d’ébranler le pouvoir actuel. La dispersion et la dislocation organisées et orchestrées sournoisement par sa police aux ordres d’un Ministre de l’Intérieur partisan et antirépublicain, en sont la preuve concrète. Dans ce cas d’espèce, ce n’est pas de bonne guerre mais de mauvaise guerre conduisant à un recul démocratique très manifeste par rapport aux pratiques des Présidents prédécesseurs. Ce Ministre de l’Intérieur qu’il ne déboulonnera jamais parce qu’il est son bras armé pour les basses œuvres politiciennes. Les bureaux fictifs du Référendum probablement concoctés dans ses services en sont la parfaite illustration de ses méfaits néfastes. Quels coups tordus prépare-t-il encore pour les prochaines législatives ?

Devant autant d’imposture politique, que fait l’opposition ?

Le bal des égos est leur jeu favori, même au sein des cadres unitaires qui restent fragiles parce qu’infiltrés et minés de l’intérieur et déstabilisés en haut lieu par le biais des médias sous influence manifeste. Elle en est toujours à recoller les morceaux éparpillés de certains de ses hommes politiques volatiles et frivoles. Le FPDR  et le Mankoo wattu se liquéfient à petite goutte sous les regards malicieux de Macky qui se paie le luxe de les narguer sans coup férir : «J’ai fait mieux que Diouf et Wade… », énième bravade en fanfaron imbu de ses exploits. La dispersion ou la disparité ne saurait constituer un front de lutte. Partout où l’opposition est allée en bataille rangée, en mêlée ou en rixe générale, elle s’est ramassée. La Gambie voisine ou intestine vient de nous administrer la preuve. Yaya Jammeh pensait avoir décapité la tête de son opposition en embastillant le vaillant Darbo, c’était sans compte sur l’intelligence de Barow  qui réussit à fédérer la majorité des opposants autour de sa candidature pour défaire sans bavure le dictateur mystificateur. Au Gabon, Jean Pin a failli réussir l’exploit même si le rassemblement autour de lui fut amorcé un peu tard. Au Sénégal, la primaire de l’opposition risque de lui être fatale faute de leadership ferme face à Macky Sall. Sans chef de l’opposition comme en 2000 avec Wade, c’est la déroute et la débandade assurées.

L’heure est venue pour Idrissa Seck d’incarner ce leadership, de s’en emparer car il ne lui sera jamais servi sur un plateau. Il lui suffira d’aller à la conquête de l’écoute des réelles aspirations des populations et d’en être le dépositaire et de leur proposer une alternative crédible et enchanteresse. Jusqu’à présent l’initiative politique est laissée à Macky et à son pouvoir qui dicte le tempo et la pulsation du contexte politique. Même en position de riposte, il finit toujours par imposer le rythme des actions et des réactions de l’opposition.  Au plus fort des attaques sur le pétrole et le gaz sénégalais dont les contrats d’attribution ont été faits dans un népotisme sidérant, il décide d’entamer des tournées économiques et des inaugurations infrastructurelles pour noyer la baleine dans l’eau. Il décide chaque fois d’un dialogue « leurre et lueur » pour sauver la face lorsqu’il est au creux de la vague. Les questions-réponses des lettres de l’opposition et ses demandes d’autorisation de manifester, favorisent sa position de décideur de ce qui doit être ou ne pas être. Alors que l’interlocuteur principal et décideur fondamental à privilégier est le peuple, à qui il faut proposer une autre politique, un changement d’orientation et une vision d’un avenir meilleur. Oui,  il faut aller et retourner au peuple. Lui expliquer pourquoi il faut renégocier ou casser les contrats sur le pétrole accaparé par des faiseurs d’argent des paradis fiscaux sur le dos des populations. Pourquoi il y a mieux que les bourses familiales, une autre politique de financements massifs de crédit-mutuels qui libèrent les initiatives privées, tiennent mieux compte des réalités économiques des populations et qui favorisent mieux les potentialités d’emploi et d’auto-emploi plus dignes et plus rémunératrices. Pourquoi il est nécessaire d’avoir une autre coloration de l’Assemblée Nationale et une autre politique d’autonomie et de réelle émancipation des collectivités territoriales, à la place de la politique budgétivore et de gabegie clientéliste actuelle. Et plus encore sur tous les thèmes de la mal gouvernance et de la prédation des ressources du pays par le régime de Macky. Le terreau est fertile car l’opinion est bien convaincue qu’avec Macky, la rupture pour laquelle il a été élu, n’est pas au rendez-vous. Il lui manque la persuasion d’une autre et meilleure politique.

Idrissa avait du temps de la gloire du PDS, initier les tournées « marche bleue » pour promouvoir le SOPI, avec une efficacité redoutable. Il est temps de sortir d’une certaine léthargie mystique suspendue au-dessus de sa tête, pour reprendre , face aux tournées de pré-campagne de Macky entreprises depuis longtemps, des tournées de dialogue avec les gens, des « Disso Ak Rewmi » pour un SOPI ressuscité et réhabilité, en utilisant la puissance des médias et des réseaux sociaux pour plus d’amplitude de sa parole qui est toujours très attendue. C’est par sa présence constante sur le terrain et dans les populations qu’il pourra ébranler, secouer et abattre le pouvoir de Macky. C’est ainsi qu’il  pourra aller au secours de l’opposition en pleine crise de tergiversations et de latence temporelle. De cette posture il pourrait ainsi mieux susciter le recours de l’opposition. Pour répondre à l’appel de son nom, ne faudrait-il pas être présent pour l’entendre ?

Chérif Ben Amar Ndiaye

les-rewmistes

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