La problématique de l’infernal cycle des accidents de la route au Sénégal*

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L’objectif du plan décennal de la sécurité routière visant à réduire de 35 % les accidents de la circulation au pays est quasiment sans effet escompté. Tout au contraire, le bilan des accidents de la route n’est pas du tout reluisant. Il est quasiment devenu plutôt préoccupant et au premier plan des défis auxquels le pays est confronté. Et pour cause, à chaque année, nous enregistrons en moyenne près de six cents morts, une moyenne de deux morts par jour, des blessés graves par centaines (coûts élevés en santé) et des dégâts matériels importants (lourdes pertes d’investissements chez les transporteurs et les usagers courants de la route).

Le coût économique des accidents de la route est plus de 1 % du PIB, soit plus de 77 milliards de Francs CFA par an. Selon l’OMS, les accidents de la circulation font rn Afrique en moyenne 26 morts par heure. Les années récentes, 2016, 2017, 2018 et 2019 en cours montrent que le phénomène devenu fait presque quotidien, gagne en intensité et en fréquence, un fléau devenu endémique;

Sont impliqués des véhicules légers, des véhicules poids lourds, des véhicules de transport en commun, des véhicules à deux roues, des hippomobiles et des piétons

Quels sont les facteurs «accidentogènes»?

L’examen des statistiques enregistrées montre que le facteur humain est responsable à près de 90% des cas survenus;

Une étude fait ressortir que plus de 80% des conducteurs n’ont pas fait d’auto-école;

Certains sont illettrés et analphabètes; Donc avec évidence, ils ont une connaissance limitée du code de la route;
Chacun a dû constater que nombre de chauffeurs de tatas, de taxis, de véhicules lourds et de transports routiers, taxis clandos, etc., sont dans ce cas. Or, il est statistiquement établi une étroite corrélation entre les auteurs responsables des accidents majeurs et leur connaissance imparfaite du code de la route. En Amérique du Nord, ceux qui passent plus d’une fois le code de la route sont, bien que lettrés, ceux qui sont parmi les plus impliqués. De ce fait, cette problématique mérite particulièrement de retenir l’attention;

Absence de réglementation qui précise le temps de travail des transporteurs routiers et des moyens de contrôle du respect de leur régularité; La fatigue est connue comme une cause constituante également d’accidents majeurs;

Des comportements dangereux, imprudents et irresponsables de certains conducteurs; L’incivisme caractérisé est souvent déploré chez nombres de conducteurs sur nos routes; La distraction au volant : téléphones intelligents, textos, appels-réceptions, musique avec écouteurs, radio en marche sonore, etc., constitue une autre source indéniable de préoccupation sur nos routes;

L’état de déficience technique de certains véhicules en circulation dont certains sans feu de signalisation, même sans plaque d’immatriculation et d’autres, de véritables ferrailles branlantes ambulantes, juste bonnes pour le rencart et l’abandon définitif;

L’état de certaines routes dû aux pluies et intempéries, la configuration inadéquate des lieux (par ex : accidents fréquents aux ronds-points et l’absence d’éclairage, maisons jouxtant les routes souvent sans trottoirs dans nos quartiers périphériques, des commerçants étalant leurs marchandises jusque sur la voie publique de circulation, entre autres facteurs multiples du genre;

Des périodes critiques de trafic majeur et de fortes affluences vers des points de convergence comme lors des «gamous» (Touba, Tivaouane, et autres) pèlerinages, (Popenguine, Porokhane), lors des campagnes électorales nationales, et notamment de deuils de personnalités ou de notables et dignitaires dans les régions;

Des charges(en personnes, en marchandises ou en matériaux) dépassant de loin les poids autorisés au regard des caractéristiques techniques des véhicules;

Des piétons imprudents qui traversent les routes à grande circulation ignorant les points de passage qui leur sont attribués à cet effet (passerelles et feux d’angle);

Des cyclistes et cyclomoteurs qui se faufilent avec imprudence, insouciance et témérité dans les congestions, souvent sans feux ni clignotants avertisseurs à une vitesse d’étoile filante;

Des charrettes, des poussepousses, des vendeurs ambulants, des mendiants, bref un total imbroglio sens dessus-dessous, dans tous les sens et dans tous les états de totale confusion de cohabitation sur nos routes de jour comme de nuit, à toute heure et à chaque instant et presque partout et à chaque tronçon de route;

Comme on le voit, pêle-mêle, des facteurs divers et gravissimes de conséquences, frisant l’insouciance, l’indiscipline, le désordre et le laisser-aller quasi généralisé.

Tout processus étant cumulatif, le mimétisme amplifie les choses;

Une consolation dans cette énumération  tragique: L’alcool au volant tant décrié ailleurs dans le monde ne figure pas chez nous parmi les causes globalement incriminées;

Et avec responsabilité et logique, on peut et l’on doit se demander comment pallier à ce si sombre tableau, sus-décrit. On ne peut se croiser les bras et laisser les choses empirer. Il faut donc agir pour tenter d’inverser cette tendance néfaste.

Quels remèdes ou approches palliatives pour améliorer la sécurité routière?

Renforcement du rôle et des postes de la police et de la gendarmerie sur nos routes et entre nos villes; Notamment, dans les entrées et les sorties des grandes villes;

Lancer des campagnes de sensibilisation pour davantage de vigilance, de prudence et de professionnalisme chez nos conducteurs des transports publics;

Instauration de permis à points allant jusqu’à la suspension dans des conditions à déterminer pour sanctionner les contrevenants de façon dissuasive afin qu’ils changent d’attitude;

Devoir de législation et de règlementation accrue comme l’instauration obligatoire des carnets de bord sur le temps de travail des conducteurs et une fiche technique de vérification de bord avant départ; Instaurer des contrôles routiers pour en vérifier la rigueur, la mise régulière à jour et la bonne tenue quotidienne;

Nécessité de création d’un centre national de formation pour les routiers (transports, poids lourds et véhicules utilitaires de travaux); Ici, s’offre une lucrative opportunité d’affaire pour nos entrepreneurs;

Passer de permis à papier à des documents numérisés fiables pour notamment éviter les fraudes dans un domaine aussi sensible; Resserrer qualitativement les conditions d’obtention de permis de conduire;

Renforcement du contrôle technique annuel des véhicules de transports et des poids lourds et instaurer des contrôles dans la circulation pour en vérifier l’effectivité;

Continuer le redressement du désordre et abus dans l’occupation irrégulière de l’espace publique; Un plan d’urbanisme approprié;

Enfin, continuer l’exécution et le renforcement de la politique efficiente de décongestionnement et de décentralisation de la ville Dakar et du Cap-Vert vers le Pôle Urbain de Diamniado, une vision opportune et appropriée; De même étendre le réseau TER qui vise à renforcer le transport ferroviaire et par ce biais à soulager le trafic saturé sur nos routes;

En conclusion, il nous apparaît approprié de revenir sur le facteur humain essentiellement reconnu comme l’alpha et l’oméga de la problématique posée.

Le développement d’une nation est tributaire du civisme et de la bonne conduite des citoyens. Il suppose un niveau de conscience individuel et collectif parfaitement adéquat. Montesquieu avait situé dans la vertu des citoyens le seul fondement possible de la République; Pour E. Kant, la liberté citoyenne est vaine si elle ne repose sur une stricte observation de l’impératif catégorique :

« Agis uniquement d’après la maxime qui fait que tu puisses vouloir en même temps qu’elle devienne une loi universelle.»

« Agis de façon telle que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans toute autre, toujours en même temps comme fin, et jamais simplement comme moyen.»

« L’idée de la volonté de tout être raisonnable conçue comme volonté instituant une législation universelle.»

« Agis selon les maximes d’un membre qui légifère universellement en vue d’un règne des fins simplement possible.»

Bien que ces quatre énoncés soient différents, ils sont tous des formulations du même impératif catégorique, qui lui est unique.

La citoyenneté dépasse la simple notion d’appartenance juridique à un état, à une nation. Elle repose sur :

– la civilité consistant en une attitude d’absolu respect de l’espace, des infrastructures, bâtiments et deniers publics et aussi à l’égard des autres citoyens;
– le civisme, consistant à titre individuel à respecter les lois, les normes, les règles mais aussi avoir conscience de ses devoirs envers la société;
– et la solidarité; pour un commun vouloir de vie commune, la solidarité s’impose à chaque membre. Notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Conduire, c’est collaborer avec fair-play entre usagers de la route et aussi savoir anticiper avec prudence accrue;

En absence de civisme, aucune société démocratique ne peut survivre. Il n’y a pas de développement sans mise à niveau des mentalités et des comportements Le développement suppose un niveau de conscience individuel et collectif qui n’est ni donné, ni inné, mais qui s’acquiert par l’éducation. On ne naît pas citoyen, on apprend à le devenir par l’éducation à la vie citoyenne qui est le rôle de l’école, de la famille, de l’état, de la société civile, des médias, des politiques, des notables dignitaires et par soi-même. Nous sommes requis de nous instruire en permanence pour l’avènement d’un nouveau citoyen cardinal. Une nouvelle société de valeurs où nul n’est à ses seules aise et guise;

Pour devenir une nation adulte, il faut respecter l’environnement, connaitre le code de la route, le respecter scrupuleusement, conduire avec responsabilité et s’arrêter de bon gré aux feux rouges.

Ensemble, nous ferons la différence parce que vouloir, n’est-ce pas pouvoir?

* Cheikh Hamallah Diallo

DSE/APR-Canada

[email protected]

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