Le Club de Paris : Cette fois c’est la bonne ?

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Le Club de Paris est un groupe informel de créanciers publics dont le rôle est de trouver des solutions coordonnées et durables aux difficultés de paiement de pays endettés. L’origine du Club de Paris remonte en 1956 lorsque l’Argentine accepta de rencontrer ses créanciers publics à Paris. Depuis, le Club de Paris a conclu 433 accords avec 90 pays endettés. Depuis 1956, le montant total de la dette traitée par les accords du Club de Paris s’élève à 583 milliards de dollars selon leur site web.

Etat des lieux

Au début des années 2000, une trentaine de pays africains avait bénéficié d’un allègement de leur dette dans le cadre de l’ « initiative PPTE » (pays pauvres très endettés) lancée par le G7. Cela pour permettre ces pays d’investir dans l’éducation, la santé et les infrastructures et ne pas avoir à choisir entre ces secteurs et le paiement de la dette. Certains pays ont pu saisir cette opportunité pour augmenter leurs dépenses dans l’éducation qui est cruciale pour le développement. Ce fut le cas du Ghana, de l’Afrique du Sud et de la Tunisie qui ont attribué plus de 6 % de leur PIB dans les dépenses de l’éducation.

L’Afrique dépend trop de l’exportation de ses matières premières comme c’est le cas avec le Gabon, la République du Congo et le Nigeria pour ne citer que ces pays. Le danger de cette dépendance l’exportation des matières premières s’est révélé quand les prix de ces matières premières se sont renversés. Nous assistons alors aux difficultés de remboursement de la dette extérieure. Avec cette baisse des matières premières, nous avons assisté à la hausse de la dette des pays africains. Cela n’a pas ralenti la croissance démographique qui est un autre frein au développement de ces pays africains. Malgré la croissance dont certains pays africains parlent qui peut certes réduire le taux de pauvreté, mais ne peut pas diminuer le nombre de pauvres à cause de cette croissance démographique. Il y a près d’un demi-milliard d’Africains qui vivent sous le seuil de la pauvreté. Rappelons que le seuil de la pauvreté est à 2 dollars par jour. Malgré les ressources naturelles dont ces pays africains disposent, les dirigeants sont incapables de développer leurs pays et malgré l’élimination totale ou partielle de leur dette, ces pays africains se sont encore endettes jusqu’à ce que la banque mondiale ait sonné l’alarme dans beaucoup de pays africains. Ces bailleurs de fonds internationaux, imposent-ils leurs politiques économiques aux pays africains ?

Ces pays bénéficiaires

La Côte d’Ivoire est l’un des pays africains qui s’est aussi fixé comme objectif d’atteindre l’émergence à l’horizon 2020 malgré la crise des années 2000. Pour atteindre ce but, la cote d’Ivoire a mis en place deux plans nationaux de développement (2012-2015 et 2016-2020). Le site du gouvernement nous informe que l’exécution du PND 2012-2015 a permis à l’économie de renouer avec une croissance forte et pérenne (environ 9 % sur les 4 dernières années après une année 2011 ayant été marquée par un recul de 4,1 % du PIB) qui a su attirer les investisseurs à participer au développement du pays (création de 2 millions d’emplois sur la même période). Le groupe consultatif consacré à la cote d’Ivoire s’était réuni à Paris pour mobiliser les ressources nécessaires. La cote d’Ivoire a pu mobiliser 15,4 milliards de dollars sous forme de prêts et dons des bailleurs de fonds. La France a même décaissé 1,54 milliards de dollars à cet effet. Cela témoigne de la confiance de la communauté internationale à l’égard de la cote d’Ivoire.

Pour attirer des mouches, il faut du miel insinuait  Alpha Condé. Le 17 novembre 2017, il alla chercher du miel à Paris pour son Plan National de Développement Économique et Social (PNDES). Le PNDES 2016-2020 est base sur la transformation structurelle de l’économie  de la Guinée pour la création de « richesse et d’emplois nous renseigne le site du gouvernement. Ce plan avait pour but une Guinée émergente et prospère à l’horizon 2040. Il a pu obtenir 5,5 milliards de dollars dont 600 millions de dollars de la France. Son but en allant rencontrer le groupe consultatif était de 13 milliards de dollars sur trois ans, soit moins de 4,5 milliards de dollars par année.

Après des années de croissance timide, le Sénégal a finalement noué avec une croissance solide de plus de 6 % sur quatre années. Le Plan Sénégal Emergent (PSE) élaboré par Macky Sall a pour but d’atteindre l’émergence du Sénégal à l’horizon 2035. Durant la première phase de son plan, le président avait comme objectif de mobiliser 1853 milliards de francs CFA, il est rentre avec 3 729 milliards de francs CFA, soit presque le double. Durant la seconde phase du même plan, le président avait comme objectif près de 5 milliards de dollars et s’est retrouve avec 14,6 milliards de dollars, soit presque le triple de la somme initialement visée. Le coût global du plan d’Actions prioritaires 2019-2023 est estimé à 24,50 milliards de dollars. Cela témoigne aussi de la confiance de la communauté internationale à l’égard du Sénégal.

Objectivement

Tous les pays africains sont endettés, sans exception. Cela est une situation très normale pour tout pays en développement qui aspire à se développer. Cette dette se paiera chaque année et cela s’appelle le service de la dette et quand elle arrive à terme, il sera impératif de la rembourser intégralement en devises étrangères. C’est la raison pour laquelle il faut impérativement que ces pays africains exportent des biens et aussi le service par le biais du tourisme pour disposer de devises étrangères. Malgré l’endettement excessif des pays africains, nous assistons toujours à un taux de pauvreté très élevé, et à un taux de chômage très élevé aussi. Les raisons sont d’ordre endogène et exogène. Les raisons endogènes sont la manière dont les autorités compétentes et la population se comportent avec ces ressources. Ces raisons endogènes peuvent être dérivées des investissements non-productifs à but prestigieux. Une autre raison est la subvention par l’Etat d’activités non-productives comme les entreprises publiques que certains pays africains utilisent pour caser leurs camarades de parti. Une autre raison est la croissance démographique non contrôlée. Cette croissance est plus rapide que la création d’emplois. Elle est aussi plus rapide que la prévision de l’Etat par rapport à l’alimentation en eau, les infrastructures et le réseau de transport. Pour les raisons exogènes, il faut d’abord commencer par la chute des prix des matières premières qui affecte ces pays dont les économies reposent principalement à l’exportation des matières premières. La récession mondiale comme ce fut le cas en 2008 a affecté les pays africains. La sècheresse aussi peut être citée comme raison exogène sachant que la plupart de ces pays dépendent d’une bonne saison de pluie pour un bon secteur primaire qui tire la majorité des économies de ces pays.

Que faire ?

Il faut tout d’abord que ces pays soient conscients de la situation. Il faut aussi que les états arrêtent cette politique d’intervention. Si les entreprises publiques ne sont plus rentables, il faut songer à les privatiser au lieu de les subventionner. Cela joue sur le budget de ces états. Lorsqu’on est trop endette, il faut songer à réduire son niveau de vie. Il suffit juste de comparer le niveau de vie des prêteurs et des emprunteurs pour savoir que le niveau de vie des autorités des pays africains est très élevé et même plus élevé que celui des autorités des pays prêteurs. Il faut aussi refonder le système fiscal. Ces pays africains n’ont pas assez de ressources dues entre autres à l’évasion fiscale du secteur informel, les niches fiscales et surtout les exonérations fiscales. Il y a certains moyens pour réduire la dette d’un pays même s’ils ne sont pas très populaires. Il y a ce qu’on appelle l’amortissement, qui est le fait de rembourser plus qu’on ne doit. Beaucoup de pays sont réticents à faire cela, cependant le gouvernement de Bill Clinton avait dégagé des excédents budgétaires dédiés à payer la dette américaine. La banqueroute est une autre option qui a tendance à disparaitre, mais dont certains pays ont eu à le faire, comme la Grèce en 2011 pour avoir une partie de sa dette annulée. L’inflation est une autre manière de réduire sa dette. Si les prix doublent, les rentrées fiscales de l’Etat liées aux taxes sur la consommation doublent pareillement.  Est-ce que ces milliards, octroyés aux pays africains, vont aider à les faire atteindre l’émergence ? Wait and See!

Mohamed Dia, Consultant bancaire

Email: [email protected]

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