Le Joola, 15 ans après Cette malédiction qui nous poursuit

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Plus de deux mille morts, la plus grande catastrophe maritime de l’histoire de l’humanité. Voilà, en quelques mots, le résumé de l’histoire de ce bateau parti de Ziguinchor et qui n’arrivera jamais à Dakar. Coulé dans les eaux gambiennes avec son chargement, une majorité de Sénégalais était à bord, avec quelques nationalités comme des Français.

Ce drame, une vraie tragédie nationale, n’a fait que mettre au grand jour deux de nos tares ou malédictions qui nous poursuivent jusqu’à présent : l’irresponsabilité de nos dirigeants et l’insouciance des populations sénégalaises.

Les dirigeants de l’époque n’ont pas été à la hauteur pour secourir les naufragés. Les secours sont arrivés sur les lieux le lendemain dans l’après-midi. La Marine chargé de veiller sur la sécurité du bateau n’a pas fait correctement son travail. Il s’en est suivi une conspiration du silence avec, comme objectif, étouffer l’affaire, y compris au niveau international. Car, les Français qui avaient porté plainte et instruit l’affaire par leurs juridictions, ont dû se rendre à l’évidence : la diplomatie a été plus forte que la Justice et le dossier a été clos.

Au Sénégal, rien n’a été tenté pour situer les responsabilités et sévir. Les responsables se la coulent douce encore pendant que nombre de populations, surtout du Sud, vivent avec un traumatisme sans assistance véritable. Les 10 millions de FCFA versé aux parents des victimes qui ont accepté, est la seule action qui réconforte certains en dehors du fait que les enfants des disparus ont été déclarés pupitres de la Nations.

Pis, le bateau n’a jamais été renfloué, comme si nos autorités cachaient un terrible secret.

Autant d’actes d’irresponsabilité et bien d’autres qui ont fait que toutes les conséquences n’ont pas été tirées sur cette tragique affaire. Ceux qui parlent de « tabou » n’ont pas tort. Les autorités sénégalaises traitent cette affaire avec beaucoup de parcimonie, à l’image des populations qui ont, elles-aussi, leur part de responsabilité.

Goût du risque et insouciance

En effet, 15 ans après le Joola, rien n’a jamais changé dans les attitudes. Pis, le goût du risque, l’insouciance, l’incompétence, plombent tous nos efforts de développement. Le bilan des accidents sur les routes inquiète plus d’un du fait généralement de l’incurie de chauffeurs qui ont réussi à domestiquer les forces de l’ordre.

Chaque année, le Sénégal perd plus de 500 personnes sur les routes, sans oublier les nombreux autres accidents comme l’incendie du Daaka, le drame de Bettenty et bien d’autres de ce genre.

Le dernier accident mortel s’est produit hier à côté de Pout sur la route de Thiès. Et ça continue, comme une malédiction.

Car, il s’agit bel et bien d’une malédiction. Si à cette insouciance, on enjoint l’irresponsabilité des dirigeants, cela produit le cocktail explosif que l’on sait. Le Sénégalais est cette personne qui met, chaque jour, son prochain dans une situation de risque qui peut lui coûter la vie.

Si nos routes tuent autant de monde, c’est qu’il y a bel et bien une cause. Il y a de plus en plus de voitures sans immatriculation qui roulent, des chauffeurs très jeunes adeptes des risques qui mettent à fond la musique ou des chants religieux de leurs confréries, appuient souvent sur l’accélérateur et se croient dans des rallyes de voitures.  Si l’on y ajoute un parc automobile vétuste, des routes parfois cahoteuses, les drames ne peuvent qu’être fréquents.

Conséquence, aucune leçon n’a été retenue du drame du Joola. Nous avons surtout pêché dans l’éducation du citoyen. Ceux qui sont instruits, une infime minorité, ne sont pas éduqués.

Ni le Coran ni les leçons de morale n’ont permis de bâtir une Nation avec des citoyens modèles, parce que cultivant l’excellence pour être des références.

Ceux qui avaient surchargé le Joola, l’ont fait pour remplir leurs poches. C’est cela le Sénégal : personne n’hésite à sacrifier son prochain, et sciemment, pour ses intérêts personnels.

Le bateau a coulé, emportant avec lui notre dernier espoir d’avoir un pays où la sécurité du citoyen est une priorité pour tous : Populations et Gouvernants. Les victimes du Joola ne nous pardonneront jamais cela là où elles sont.

C’est pourquoi, la malédiction du Joola nous poursuivra encore longtemps, car personne n’est à l’abri, nulle part.

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