L’histoire de Abdoulaye Galgor Dione, le résistant de Ndingler

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Abdoulaye Galgor Dionne, 80 ans, a été le chef de la résistance des paysans de Ndingler qui, la dignité en bandoulière, se sont dressés contre Babacar Ngom, PDG de Sédima S.A.

Il a été la figure de proue de la résistance à Ndingler. A 80 ans, Abdoulaye Galgor Dione n’a rien à envier aux jeunes. Solide comme un roc, le vieil homme cultive toujours son champ sous le chaud soleil hivernal. Il a encore assez de force pour tenir la charrue guidée par un cheval pour semer ses graines de mil. Galgor, homonyme de son grand-père, rend grâce à Dieu pour avoir pu finalement disposer de son champ après un bras de fer qui a duré plusieurs mois, opposant les villageois de Ndingler à Babacar Ngom, président directeur général (PDG) de Sédima S.A.

Le vieillard a été le symbole de cette âpre lutte durant laquelle les paysans de Ndingler ont remporté la première manche contre le PDG de Sédima S.A. Ancien chef de village pendant 26 ans, il a passé le flambeau, en 2018, à son neveu Abdou Dionne. «Le titre de chef de village est une question de confiance. Il ne s’hérite pas. Il suffit de mériter la confiance des villageois. Quand j’ai voulu démissionner, j’ai dit au sous-préfet que j’étais devenu trop âgé pour à chaque fois quitter mon village pour me rendre à des cérémonies à Mbour, à Ndiaganiao, à Fissel et autres », confie-t-il. Mais Galgor qui pensait pouvoir se reposer est, aujourd’hui, plus que jamais sollicité par les populations. «Je ne me repose pas. Parce que je ne peux pas rester indifférent aux problèmes qui affectent les miens. J’œuvre pour la paix et la cohésion sociale», signale-t-il.

Champion de lutte

Comme tout bon sérère, Galgor a été un champion de lutte dans sa contrée. «J’étais un fin lutteur, mais de la lutte sans frappe. C’est ce qui est de coutume dans notre village. A un moment donné, les villageois avaient initié des combats avec frappe. On a été obligé de mettre un terme à cela. Parce qu’on était tous apparentés et ce n’était pas beau de voir des parents qui se donnaient des coups de poings lors des séances de combat », souligne-t-il. Vieux sage, Galgor est aimé, adulé et écouté à Ndingler.

«Dans mon village, les gens qui cherchent des épouses m’envoient toujours auprès de leurs belles familles pour faire leurs demandes de mariage. C’est devenu un rituel. Tout le monde cherche ma bénédiction. Ils pensent que lorsque j’y vais, l’union sera bénie. Quand on est devenu un tel symbole dans une localité, il faut donc savoir donner le bon exemple », explique-t-il. L’homme est devenu un notable du village dont les recommandations sont attendues. Et pourtant, il n’a pas fait les bancs de l’école française et n’a pas non plus duré à l’école coranique. Il maîtrise juste quelques versets du Coran qui lui permettent de s’acquitter convenablement de ses prières.

«Quand bien même, Dieu m’a doté d’une intelligence et d’une sagesse qui me permettent de vivre dans ce monde », indique-t-il. Une expérience que le vieux sage a eue lors de ses pérégrinations dans les grands centres urbains notamment à Dakar où il a exercé le métier de maçon dans sa jeunesse. Durant la saison sèche, il se rendait à Dakar pour travailler comme maçon. «Je faisais des briques. J’ai beaucoup collaboré avec le défunt Ben Basse Diagne. A chaque fois qu’il construisait une maison, il sollicitait mes services pour lui faire les briques. Je devais avoir 30 ans», se souvient le patriarche en proie parfois à des trous de mémoire. Quelques années plus tard, son père lui ordonne de rentrer définitivement à Ndingler pour s’occuper exclusivement des champs.

Il rentre au village natal et prend femme. Marié à deux épouses et chef d’une famille nombreuse, Galgor a connu plusieurs vies dans ses ménages. «Ma première épouse est décédée. J’ai divorcé d’avec la seconde. J’ai alors pris une autre épouse. J’ai ensuite hérité suivant la tradition du lévirat de l’épouse de mon grand-frère décédé. Cette dernière est la mère du Jaaraf du village», renseigne-t-il. Galgor est issue d’une lignée familiale qui a marqué Ndingler. Son père Modou Dionne dit «Diambar Dione» était un notable respecté. «Quand mon père a vu le jour, mon grand-père a dit qu’il allait l’appeler Diambar. Chez nous, on a toujours deux noms : un hérité de l’Islam et un autre de la tradition. Mon père a mérité son nom parce qu’il était travailleur infatigable. Il a fait un peu de tout même du commerce. Il était aussi un grand éleveur. Il avait plusieurs têtes de bœufs, de moutons, de chèvres et de chevaux. Et il était respecté de tous. J’ai grandi sous son ombre avec cette culture paysanne qui est de travailler dignement pour vivre à la sueur de son front. On reste digne dans notre pauvreté», signale-t-il.

Cette dignité lui a permis de ne nourrir aucun complexe devant le milliardaire Babacar Ngom à qui il avait conseillé de donner aux mendiants du rond-point Colobane les 2 millions de F Cfa que l’industriel voulait offrir aux villageois lors d’une visite de courtoisie à Ndingler. Aujourd’hui, le vieux notable du village ne veut plus parler du différend foncier qui oppose le président directeur général (Pdg) de Sédima aux paysans de son village. «Le Président de la République Macky Sall nous a restitués nos terres. L’heure est au travail. Les paysans ont pris possession de leurs champs. L’hivernage a commencé. On n’a labouré nos champs et mis nos graines sous terres. C’est plus sage de ne plus en parler pour ne heurter personne. Quand on continue de vouloir communiquer sur cette affaire, il peut arriver qu’on dise des choses qui vont déplaire aux autres. On a récupéré nos terres, c’était l’objet de notre combat. Aujourd’hui qu’on est rentré dans nos droits, j’ai demandé aux uns et aux autres de ne plus en parler», confie-t-il. Pour le moment.

Un artisan de la réélection de Macky Sall

Abdoulaye Galgor Dione a associé le Président de la République Macky Sall à ses prières. «Il a géré le dossier avec diligence. Durant la dernière Présidentielle, un parent sérère du nom de Birame Faye avait mis à ma disposition son véhicule. J’ai battu campagne pour le Président Macky Sall. J’ai sillonné toute la contrée pour demander aux ruraux de voter pour lui. D’ailleurs, il a largement gagné dans notre localité», souligne-t-il.

En s’investissant pour la réélection de Macky Sall, Galgor a rêvé d’un Sénégal prospère et émergent. «Je rêve d’un Sénégal plus beau que Paris (France) et l’Amérique. Je ne me soucie pas de ma petite personne. Je prie pour le bien-être des Sénégalais », argue-t-il. La seule crainte de ce féru de couscous au lait, c’est de voir les terres de ses aïeux spoliées. «Tous mes parents reposent dans ce village. Et si nos terres nous étaient retirées, la famine frapperait tous les ménages qui vivent exclusivement de la terre.

J’ai eu le cœur gros quand on a voulu nous prendre nos champs. Si autant de surfaces sont à chaque fois rétrocédées à des étrangers, il arrivera un moment où nos propres petits fils n’auront pas de toits pour habiter. Il arrivera un moment où ils seront expulsés des terres de leurs aïeux. Ndingler est tout pour nous. Nous n’avons que nos terres et nous comptons perpétuer les traditions de cultivateurs de nos ancêtres», terminera-t-il. Jusqu’à ce la mort en décide autrement.

IGFM

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