Malaise à l’Apr: le parti-Etat malade de son militantisme

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Depuis la bataille de positionnement à Dakar lors des dernières élections à suffrages indirectes (Hcct), les sorties des dignitaires de l’Apr témoignent d’une crise qui couve.

Le parti au pouvoir, l’Alliance pour la République (Apr), jeune de huit ans seulement, traverse peut-être la phase la plus mouvementée de sa récente histoire. Une réelle incommunication ponctue les interactions entre les différents responsables, instillant un débat de légitimité militante dans la formation politique. A l’heure actuelle, rassembler les ‘‘apéristes’’, c’est comme conduire une brouette pleine de grenouilles qui sautent dans tous les sens. Le parti marron-beige est miné par deux épines que sont la gestion politique de Dakar et le cas Aliou Sall.

Alors qu’on croyait que le débat sur le ‘‘patronat de Dakar’’ s’était encalminé après la volée de bois vert reçue par Abdoulaye Diouf Sarr de la part de certains responsables du département, l’affaire a connu  un petit rebondissement jeudi dernier. Le ministre des Finances, Amadou Ba, aurait décroché la timbale dakaroise des mains du président de la République, titraient nos confrères du journal le  Quotidien à leur une. Une information qui démontre toutefois que dans les coulisses se livre une bataille féroce pour la ‘‘chefferie’’ de la capitale. Si l’argentier de l’Etat et le ministre des Collectivités locales Abdoulaye Diouf Sarr n’ont a priori pas un passif contentieux, il est clair pour le membre du directoire de l’Apr, Ibrahima Fall, proche du maire de Yoff, qu’ils ne vont pas laisser la dynamique, enclenchée depuis les élections locales de 2014 avec des militants ‘‘authentiques’’, être brisée par l’irruption de ‘‘quelqu’un qui n’a aucun parcours militant’’, déclare-t-il, faisant référence à Amadou Ba. Même si Ibrahima Fall n’exclut pas un coup du camp de Khalifa Sall dans cette intox qui a créé le rififi, il estime qu’en dehors du background peu politicien d’Amadou Ba, le portefeuille qu’il détient (Economie et Finances) lui décommande toute activité partisane. ‘‘Depuis Babacar Ba (Ndlr : ministre des Finances de 1971 à 1978), aucun ministre des Finances n’a fait de la politique. C’est dangereux pour la République. Il prêterait facilement le flanc aux détracteurs du pouvoir qui se saisiraient de n’importe quel prétexte pour le révoquer’’, déclare-t-il au téléphone. La bataille de Dakar est loin de son épilogue.

Aliou Sall militant mais…

Mais c’est surtout la sortie très trash-talking du ministre de la Jeunesse, Mame Mbaye Niang, samedi dernier, dans nos colonnes, dénonçant le militantisme  »apériste » de la 25e heure du maire de Guédiawaye et frère du président de la République, Aliou Sall, qui renseigne sur la hausse de la température au sein de l’Apr. Une polémique de plus dont le président de l’Association des maires du Sénégal (AMS) se serait volontiers passé. Dans l’œil du cyclone après les déclarations du parti Pastef dans la création puis la cession de Pétro-Tim à Timis Corp., Aliou Sall va devoir s’accommoder de cette polémique militante interne. Sa proéminence politique et mercantile n’en fait pas l’ami de tout le monde. Pris entre ces deux feux, le frère du président reçoit l’aide d’autres responsables politiques. Comme celui du membre du secrétariat exécutif de l’Apr et directeur de l’investissement, Lat Diop. Ce dernier parle ‘‘d’acharnement injuste et injustifié’’ et estime que c’est son grand frère de Président qui est visé par ces sorties. Si pour le patronat de Dakar, les positions sont assez tranchées, le cas Aliou Sall indispose certains hauts dignitaires du parti-Etat. Situation cornélienne que de se retrouver dans la posture de devoir défendre un homme pour être dans les petits papiers du grand frère alors qu’ils sont nombreux, les responsables de l’Apr à  adhérer aux déclarations de Mame Mbaye Niang sur le militantisme du maire de Guédiawaye.

Communication incontrôlée

Ces problèmes découlent d’une crise de communication qui n’est pas seulement endogène dans le parti-Etat. Malgré de nombreux réajustements dans l’attelage communicationnel, les sorties médiatiques prouvent que l’Apr a du pain sur la planche. Il n’est pas étonnant d’entendre des voix juxtaposées parasiter la communication gouvernementale (Omar Youm) ou ‘‘apériste’’ (Seydou Guèye). La Cojer, ainsi que les multitudes de mouvements qui gravitent autour de la galaxie marron-beige, se prononcent sans émettre forcément sur la même fréquence. Résultat ? Le message du parti et de l’Etat se retourne toujours contre son envoyeur. ‘‘C’est un gouvernement très bavard’’, avait souligné le porte-parole du front de l’opposition Manko Wàttu Sénégal, Malick Gakou. Il faisait remarquer ‘’l’inefficacité’’ des explications du directeur des Impôts, du ministre de l’Economie et du Premier ministre, lesquels, suite aux interpellations d’Ousmane Sonko sur l’effacement fiscal de l’Assemblée et les contrats gaziers et pétroliers, se sont succédé sur la scène médiatique. Des sorties qui ont charrié plus d’interpellations qu’elles n’ont répondu avec clarté. Preuve ultime, s’il en est besoin, c’est le très pondéré Mahammad Dionne qui, lors de sa déclaration à la presse de mardi dernier, en croyant mettre fin à un débat, l’a relancé par une mise en garde adressée de manière jugée un peu trop farouche.

Enquête

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