Non au Oui anti déontologique des médias !

0

amais dans l’histoire du Sénégal, la connivence entre la presse et le pouvoir n’a été aussi flagrante que sous l’ère Macky Sall. Préjudiciable au renforcement de notre démocratie, la connexion entre ces deux entités a atteint son paroxysme lors de la campagne référendaire. Entre overdose publicitaire et propagande déguisée, le quatrième pouvoir, si on peut l’appeler ainsi, a préféré être au service de l’actuelle majorité plutôt que du citoyen, au grand dam d’une démocratie dont les fondements n’ont jamais été aussi menacés.

Il suffit de jeter un coup d’œil sur l’audiovisuel, d’écouter certaines radios de la place ou de parcourir la presse écrite ou en ligne pour s’apercevoir que notre démocratie se meurt entre les mains de ceux qui doivent en être les vigies. Jadis garants de la démocratie, nos médias sont désormais l’instrument avec lequel, on la malmène. « La presse du Palais » est bel et bien une réalité. La quasi-totalité des médias étant sous le contrôle des actuels gouvernants. Ce qui est simplement triste pour le pauvre citoyen, vu la manipulation grotesque à laquelle se livre quotidiennement une certaine presse.

Or, si les tenants de l’actuel pouvoir étaient réellement soucieux de la bonne marche de notre système démocratique, ils se  seraient simplement contentés de fournir un cadre juridique et économique favorable à l’épanouissement d’une presse libre et responsable au service du citoyen. Hélas, ils en ont fait le carrefour de la corruption pour fourvoyer le pauvre citoyen et se maintenir au pouvoir. Osons le dire. La connexion entre médias et pouvoir est en train de nuire dangereusement à notre système démocratique. Il est donc temps d’y mettre fin plutôt que d’attendre le prochain classement de Transparency International pour ruer dans les brancards et rouspéter inutilement.

Mais le plus écœurant est que, dans sa démarche perfide, l’Etat est appuyé par ces médias (publics et privés) dont les responsables se sont apparemment bien gavés durant cette campagne référendaire. Bien sûr qu’ils ont le droit, comme toute entreprise, de chercher à gagner de l’argent à travers ce référendum qui aura été naturellement une bonne traite. Mais, se sont-ils, une seule fois, posés ces questions : A quoi servent les médias? A offrir aux publicitaires du « temps de cerveau disponible », selon la boutade d’un dirigeant de télévision française? A « informer, cultiver, distraire », selon le triptyque défendu par Hervé Bourges, ancien président de FranceTélévisions ? A enrichir les propriétaires et faire vivre les salariés, selon la définition de toute entreprise?

Messieurs ! La presse n’est pas une entreprise comme les autres. Son emprise sur la société est extrêmement plus grande que n’importe quelle autre entreprise. Et dans toute chose, il faut retenir l’essence. La publicité politique aux relents de propagande a fini par desservir le public et bafouer ses droits à une information juste et vraie. Or, sans information libre, pas de citoyen libre, dit-on.  Au cas où ils l’auraient ignoré, les médias ont tout naturellement été créés, dès les origines, pour satisfaire « le besoin de savoir ». Entendons nous bien. On ne demande à personne de renoncer à l’argent de la publicité. Mais il est inadmissible qu’elle soit la seule à déterminer la ligne éditoriale car le marketing ne peut légitimer une iniquité. Patrons des médias, si vous êtes aussi patriotes et soucieux du sort des générations postérieures que vous le prétendez, jetez votre dévolu sur d’autres secteurs qui ont moins de capacité de nuisance sur la société.

Sinon, assumez votre  rôle de complices dans ce qui est convenu d’appeler un complot contre le peuple, au lieu d’expliquer maladroitement votre démarche tordue. Si le patriotisme se définit comme l’attachement sentimental à sa patrie et la volonté de la défendre, de la promouvoir, alors le vôtre doit dorénavant être remis en cause. On voit bien que vous avez tous choisi le camp le plus liquide pour l’aider à vendre son « Oui ». Au moment où le citoyen avait plutôt besoin d’informations équilibrées pour faire un choix éclairé. Informations dont vous l’avez injustement privé. D’ailleurs, le fort taux d’abstention montre explicitement la faillite des médias dans leur rôle de sensibilisation. Enivrés par une overdose médiatique en faveur du Oui et sans informations suffisantes sur le Non, plus de la moitié des électeurs ont préféré bouder les urnes. Ce qui a sérieusement porté atteinte à notre démocratie. Le patriotisme, on ne le chante pas, on le démontre. Il consiste à se sacrifier pour son peuple, comme l’a si bien montré Mandela. Et non pas de sacrifier son peuple pour ses intérêts crypto personnels. Acceptons de voir la réalité. Les médias se servent plus qu’ils ne servent les citoyens. On voit nettement que l’intérêt des patrons de presse n’est pas toujours convergent avec celui du public. Pis, certains ont fait de leurs organes un moyen de pression pour mieux asseoir leur notoriété ou leur business.

Mais si l’homme politique doit être encore plus rigoureux que le simple citoyen, si le policier doit être plus discipliné que le simple citoyen, si le juge doit être plus juste que quiconque et ne prêter le flanc à aucune suspicion légitime, que dire alors du journaliste, qui informe sur la politique, la police et la justice, qui donne à l’opinion les éléments de son jugement, souverain dans une démocratie ? Inutile de préciser que les manœuvres malsaines des politiciens et patrons de presse se font en connivence avec des journalistes qui œuvrent malencontreusement pour la fin du militantisme professionnel. Des journalistes qui abandonnent  la  grande  mission  que  leur assignait Diderot: « dépréjuger ». Autrement dit, conforter chaque citoyen dans ses préjugés, et non pas de l’inquiéter. Dans ce métier, le respect de l’équilibre est un B-A BA  que même les plus jeunes et moins expérimentés comme moi sont censés maîtriser. Si vous êtes « rois », demandez-vous qui vous a faits « rois ». Qu’est-ce qui vous donne le bon droit de parler au nom des autres ? C’est le citoyen qui fonde la légitimité de l’action du journaliste.

Je ne me livre pas au dénigrement de mes confrères, mais je suis de ceux qui ne croient pas en la fausse confraternité, celle qu’on applique  indistinctement  à  tout  journaliste  quel  que  soit  son comportement. Je pense même que cela est  la  manifestation  la  plus  détestable  du corporatisme. « Vous êtes intouchables et vous faites corps, vous les journalistes », entend-on fréquemment dans le public. Pour moi, la règle est simple: ne se sentir confrère que de ceux qui partagent et pratiquent les mêmes valeurs du métier, pas les flibustiers ou les voyous,  qui  existent  malheureusement dans  cette  profession  comme  dans  toute profession d’ailleurs. Un  journaliste  digne  de  ce  nom  s’interroge  sur  les conséquences  de  ses  écrits,  le  sens  du  public,  du  service  du public, le respect des personnes, bien avant de se lancer dans une compétition  professionnelle  sauvage  pour  des motifs pécuniaires.

Le  journaliste, pour reprendre l’expression anglo-saxonne, doit se faire le chien  de  garde de  la  démocratie, même s’il faut éviter d’en abuser. L’acteur social qu’est le journaliste doit rendre des comptes à ceux qu’il informe. Quant aux « catastrophes » médiatiques qui n’ont aucune qualification dans ce domaine et qui doivent leur ascension sociale à leur dextérité à insulter les honnêtes citoyens sur les plateaux de télé, je préfère économiser l’encre de ma plume pour des choses plus sérieuses.

C’est aussi le lieu de signaler qu’un pays a la presse qu’il mérite. Le niveau de la presse reflète celui de la population. Toutes ces pratiques malsaines passent facilement parce que le peuple verse souvent dans la naïveté, le suivisme, l’idolâtrie…Comme l’enseigne Marc François Bernier, spécialiste canadien de l’éthique des médias, « le public qui est la source de légitimité du journalisme, dont tirent profit les journalistes, doit être en mesure d’évaluer, agréer ou critiquer le travail journalistique fait en son nom ». Les médias, à l’image de la quasi-totalité des secteurs sont malades. Ils ont besoin de faire leur mue pour se débarrasser des parasites qui concourent à la déchéance.

M.S.N

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.