Note sur le papier du journal L’Observateur mardi 21 juillet 2020, page 04 (Par Mayacine Camara)

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Faisant suite à l’article intitulé : « Secrétaires d’État, les Fantômes de la République », paru dans le journal l’Observateur du mardi 21 juillet 2020, sans verser dans une polémique inutile, je voudrais, par la présente, après avoir remercié les initiateurs pour les paroles aimables à mon endroit, apporter quelques éclairages sur trois points :
(1) la position administrative du Secrétaire d’État chargé du Réseau Ferroviaire (SERF) que j’ai l’honneur d’occuper, grâce à la confiance de Monsieur le Président de la République
(2) la supposée incompétence, timidité ou ingratitude du poste ?
(3) le travail en cours au sein du SERF
1. la position administrative du SERF
Comme indiqué dans l’article, je suis un fonctionnaire dans l’âme, qui dans le cadre de sa nouvelle mission, quoique de rang ministériel, continue de s’attacher aux valeurs et principes républicains que tout commis de l’État, digne de ce nom, s’évertue de respecter à savoir, le protocole d’État, le respect de la hiérarchie, le droit de réserve et la courtoisie républicaine.
En vertu du décret n° 2019-808 du 17 avril 2019, relatif aux attributions du Secrétaire d’État (SE) auprès du Ministre des Infrastructures, des transports terrestres et du Désenclavement, chargé du réseau ferroviaire, j’exerce mes compétences, sous son autorité. En clair, respectant cette lettre de mission, signée par le Président de la République, la question de visibilité et de sortie médiatique, posée dans l’article semble faire fi, à mon humble avis, de la discipline gouvernementale.
Cette discipline gouvernementale pourrait être mal interprétée par des esprits malintentionnés, pouvant créer un bruit blanc qui risque d’entrainer les équipes formées par le Président de la République dans des querelles interminables. En effet, c’est Monsieur El hadj Oumar YOUM, le MITTD qui a le plein pouvoir sur les attributions dévolues à notre département. Sous ce rapport, il faut s’accorder sur le fait que c’est par courtoisie ou élégance administrative qu’il met en avant le Secrétaire d’État, qui comme un ministre délégué fait office d’un adjoint à qui on délègue des pouvoirs sur une matière spécifique. Il est donc dans son droit d’occuper la première ligne dans la communication du département.
Pour revenir au poste de SE, il faut le comprendre comme une administration de mission qui a pour vocation d’appuyer un ministre de tutelle dans un domaine jugé complexe qui nécessite un travail d’envergure. Conscient de cette mission, et prenant leçon de l’histoire récente, à travers différents Gouvernements du Sénégal, qui indique une jurisprudence de mésentente cachée ou affichée entre nombre de Ministres de tutelle et leur Ministre délégué ou Secrétaire d’État, je me suis évertué à toujours travailler, depuis ma nomination, en parfaite symbiose avec le MITTD.
2. Concernant la supposée incompétence ou ingratitude du poste.
À cet égard, je tiens à souligner que le secteur ferroviaire auquel je suis dédié a été une passion pour moi bien avant ma nomination, en ma qualité de planificateur et pour avoir été dans le top management qui a piloté tous les documents de politique économique depuis 2000. De surcroit, je suis originaire d’une région historiquement lié au train.
Je puis vous assurer que le ferroviaire est un sujet que je connais. Mieux, depuis mon arrivée dans le secteur, fidèle à ma démarche de planificateur qui met en avant une approche participative et inclusive, j’ai pu, grâce à Dieu, consolider voire renforcer ma perception holistique du secteur.
Ainsi, j’ai formulé avec l’appui des acteurs concernés une stratégie de relance du secteur ferroviaire que je n’aborderai ici que dans ses grandes lignes. Le reste, je le réserverai à d’autres moments de communication (rire).
C’est dire qu’il ne s’agit ni d’incompétence, ni de timidité encore moins d’ingratitude du poste mais d’une mission gouvernementale que j’exerce dans un contexte administratif lié par des textes mais suffisamment confortable pour me laisser travailler, sans tambours ni trompètes, sur un domaine de haute portée, le chemin de fer. Ce dernier, comme je vais le démontrer ci-dessous, est un secteur dont le caractère structurant est sans commune mesure, comparé aux autres modes de transports.
3. Sur le travail en cours au sein du SERF
En quinze (15) mois de fonction au sein du Gouvernement, sans prétendre faire un bilan exhaustif de tout le travail abattu, vous me permettrez, en prolongement du point précédent de partager quelques-uns des résultats engrangés.
À ma prise de fonction, en effet, le constat amer et partagé a été la léthargie chronique du secteur, hormis le projet présidentiel du TER qui a marqué au plan symbolique la volonté politique de son Excellence, Monsieur Macky SALL de redorer le blason du secteur emblématique du rail, tout en marquant un tournant décisif vers la performance et la modernité.
Éclairé par la vision du Chef de l’État et fort de ma modeste expérience de planificateur, je me suis attelé, avec mon équipe et les parties prenantes et sous l’égide du MITTD, à formuler une feuille de route claire, pour conduire les destinées de cet important secteur. Il s’agit d’un document dénommé « STRATEGIE DE REVITALISATION DU RAIL AU SENEGAL » – S2RS à l’horizon 2035.
Se faisant, j’ai pu tout au long de ce travail de longue haleine, co-construire une vision inclusive du rail, avec tous les partenaires et acteurs de l’écosystème ferroviaire : les retraités et anciens cadres des chemins de fer, les syndicats des travailleurs, le patronat et le secteur privé national comme international, les industriels, les représentations diplomatiques, etc.
Au total, un dialogue fructueux s’est installé entre le SERF et toutes celles et tous ceux qui visent un intérêt direct ou indirect du rail, avec comme résultat une conscience collective que le chemin de fer est un levier stratégique incontournable pour atteindre l’émergence visée par le PSE.
Ce travail, pour ne citer que l’essentiel, a apporté des réponses efficaces et réalistes aux nombreux problèmes caractérisant l’état des lieux constaté à notre arrivée. Les éléments saillants de cet état des lieux se résument en un secteur mouvementé, avec un cadre institutionnel fragmenté et instable, un déficit criard de financement, une dégradation ahurissante des voies ferrées, des installations et des matériels ferroviaires. A cela s’ajoutent une superposition d’études techniques d’avant-projet sommaire (APS), sans stratégie claire et une prolifération de MoU et autres protocoles d’accord signés avec différents partenaires étrangers ayant manifesté leur intérêt d’accompagner l’État du Sénégal dans la relance de son rail.
Toutes choses qui démontrent à suffisance la pertinence de la S2RS, déjà validée par le Conseil des Ministres du 07 mars 2020. L’objectif de cette stratégie est de construire, à l’horizon 2035, un système ferroviaire sécurisé, respectueux de l’environnement et de l’équité sociale et territoriale, offrant un service de transport performant, qui se positionne comme un vecteur de densification des flux démo-économiques, favorable à l’amélioration de la compétitivité globale des territoires.
Sans rentrer dans les détails, cette vision a été déclinée en trois (03) grandes aspirations faisant ressortir l’impact du chemin de fer sur l’inter-connectivité des branches d’activités économiques, sur l’inclusion sociale et l’équité territoriale et enfin sur la promotion du leadership du Sénégal dans l’intégration sous-régionale et africaine.
Le raisonnement scientifique, économétrique à la base de l’identification de ces aspirations a été fondé sur la superposition de trois (03) cartographies à savoir celle des ressources extractives, celle des dynamiques démographiques et celle des ressources nutritionnelles et agricoles. Aussi, les orientations du Plan National d’Aménagement et de Développement du Territoire (PNADT) tout comme les PDU, sont- elles considérées dans le processus, comme des outils de référence.
Dans le même sillage, il faut noter que la stratégie proposée à l’horizon 2035 intègre déjà un volet opérationnel conduisant à un programme d’investissement concret, composé de 15 projets ferroviaires structurants. Ces derniers évalués à 3,5 milliards USD étalés sur 15 ans permettront, entre autres, à l’horizon 2035, de faire passer le réseau ferré de 650km en 2019 à 2000km, de desservir toutes les 14 régions du Sénégal et près de 90% des 45 départements, touchant 75% de la population.
La mise en œuvre de cette stratégie fera engranger au Sénégal, par une formation brute de capital, +2% de PIB et créera 180 000 emplois durant les travaux et la phase d’exploitations des principales lignes ferroviaires. Le gain en capital immatériel est, quant à lui, estimé à +200 milliards de F CFA par an. Rien que pour le fret, 24,2 millions de tonnes de marchandises seront transportées par le chemin de fer.
La mortalité routière sera impactée d’une baisse de 800 décès par an, et de 10 800 blessés, car le rabattement modal permettra d’économiser 836 000 voitures et 30 000 camions sur les routes sénégalaises. Enfin, l’environnement sera préservé d’une émission de 12,3 millions de tonnes équivalents CO2 par an, ce qui réduira drastiquement la contribution du Sénégal par le biais des gaz à effet de serre au réchauffement climatique.
Outre ces retombées positives, la Stratégie a proposé une nouvelle gouvernance du secteur avec une refonte du cadre institutionnel, une stratégie de financement innovant, sollicitant au minimum le budget de l’État grâce, entre autres, à la valorisation du patrimoine ferroviaire et à des partenariats publics-privés gagnant- gagnants.
D’ailleurs, dans le cadre de cette refonte du cadre institutionnel, proposée par la stratégie, le Département vient d’enregistrer un premier résultat fort avec la création par loi, de la Société nationale dénommée les Chemins de fer du Sénégal (CFS). J’en profite pour féliciter et encourager son Directeur Général, qui, du reste sera le principal acteur de la mise en œuvre de la S2RS.
Au total, je termine en disant très sincèrement que je reste très motivé, auprès du Ministre YOUM pour accomplir la mission qui m’a été confiée et je prie pour que les ambitions de son Excellence, Monsieur le Président de la République se réalisent dans tous les domaines et surtout dans le ferroviaire.
Concernant le jugement de valeur portée sur mes activités politiques, j’attendrai les prochaines élections pour apporter la réponse… Toutefois, je rappelle à l’attention des lecteurs que j’ai été élu maire de Koungheul en 2009 et réélu en 2014, grâce à Dieu.
Mayacine CAMARA
Secrétaire d’État, auprès du Ministre des Infrastructures,
des Transports Terrestres et du Désenclavement,
chargé du réseau ferroviaire

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