Pétrole au Sénégal: après la mort, le médecin ? (Par Mouhamed Dia)

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L’homme est rentré en contact avec le pétrole des milliers d’années avant Jésus-Christ, ce qui est d’ailleurs confirmé par les anciens livres révélés. Cependant, la date officielle du forage du premier puits ne verra le jour que le 27 août 1859 grâce à l’Américain Edwin L. Drake. Il extrait pour la première fois du pétrole à Titusville, en Pennsylvanie aux Etats-Unis. Cette date, était-elle le début de la fin pour la population des pays pauvres où ces multinationales s’installent et font comme bon leur semble face à un gouvernement corrompu ?

Pétrole et Pêche : Mélange non-miscible ?

Comme la plupart des pays à vocation maritime, le secteur de la pêche joue un rôle socioéconomique très considérable au Sénégal. Le Sénégal dispose, d’un littoral de 718 km de côtes réputées parmi les plus poissonneuses du monde. Le Sénégal dispose du fleuve Sénégal (1700 km), le fleuve Gambie long 1150 km dont 477 km en territoire sénégalais, le fleuve Casamance (350 km) et le fleuve Sine Saloum (130 Km). Selon la Direction de la Prévision et des études économiques qui se base sur des données datées de 2016, le Sénégal est le deuxième pays producteur de la sous-région, derrière le Nigéria (530 000 tonnes), et suivi de près par le Ghana (344 000 tonnes). L’abondance de la pêche au Sénégal est liée à « l’upwelling » qui est la remontée d’eaux froides profondes des océans le long de certains littoraux. Ces écosystèmes fournissent plus de 40 % des captures de pêcheries dans le monde pour 3 % de la surface de l’océan. Les recettes générées par cette activité sont estimées à plus de 200 milliards et plus de 190 000 tonnes de produits halieutiques exportés. La pêche contribue considérablement au PIB du Sénégal sans compter l’apport considérable en devises. Elle contribue aussi aux emplois génères et surtout à la sécurité alimentaire sans oublier de l’apport important en protéines. Cependant, selon la DPEE, le sous-secteur de la pêche fait face à un ralentissement. La pêche artisanale est en baisse à cause de la migration des poissons vers le Sud, mais également le retard noté dans la signature des accords de pêche avec la Mauritanie. L’Agence nationale de la Statistique nous dit que la pêche artisanale, avec ces 19 000 bateaux contribue à hauteur de 11 % du PIB primaire et 2,5 % de PIB total. En 2016, plus de 144 000 tonnes étaient dérivées de la pêche artisanale et sur les 600 000 Sénégalais qui travaillent dans ce secteur, 400 000 sont dans la pêche artisanale.

«Les derniers accords signés entre le Sénégal et l’UE en novembre 2014 pour une durée de 5 ans prévoient que les navires européens pourront prélever 14 000 tonnes de thon et 2 000 tonnes de merlu par an dans les eaux territoriales du Sénégal en échange du paiement d’un droit d’accès et d’un soutien financier sectoriel ». L’Etat perd plus de 250 milliards par an aussi à cause du manque de moyens dû à la pêche illégale. Non seulement notre secteur souffre de manquements que nous devrions adresser, mais aussi, nous ne sommes pas proactifs regardant ce que ce secteur deviendra avec le pétrole.

Avec le pétrole, la santé et la stabilité sociale seront menacées. Notons aussi que la pollution des plages est en jeu alors que le Sénégal veuille redynamiser son secteur touristique. La destruction floristique, faunique et surtout les maladies respiratoires seront aussi en jeu avec le pétrole. Parmi ces maladies, il faut surtout noter la tuberculose et le cancer du poumon à cause des poussières chargées de bacilles et les hydrocarbures polycycliques aromatiques qui sont des cancérigènes. Les torchères de gaz qui brûlent sans arrêt et l’odeur des hydrocarbures peuvent aussi être à l’origine des maladies respiratoires pour la population et surtout pour les employés.

Coupable : Pétrole ou problème de gouvernance ?

A y regarder de plus près, on dirait que le problème de gouvernance est le véritable coupable et non le pétrole. Dans tous les pays producteurs de pétrole en Afrique, on y voit la corruption et les détournements de fonds. Il y a eu quelques désastres dus aux marées noires, certains volontaires tandis que d’autres accidentels.

Le plus grand déversement de pétrole est survenu au Koweït, au cours de la guerre du Golfe, le 19 janvier 1991. Les forces iraquiennes ont délibérément ouvert des vannes de protection anti-huile pour ralentir la progression des troupes américaines. Environ 1249 millions de litres de pétrole ont été déversés dans la mer, qui couvrait plus de 4 000 km 2 avec une nappe de pétrole de 4 pouces d’épaisseur.

La marée noire dans le golfe du Mexique, le 22 avril 2010, connue comme le plus important déversement accidentel de l’histoire, a déversé dans l’océan environ 794 millions de litres de pétrole. Le déversement a été causé par l’explosion de la plate-forme pétrolière « Deepwater Horizon » dans la région du Golfe. Le pétrole a coulé de façon continue pendant plus de 85 jours, jusqu’à ce qu’il soit recouvert le 15 juillet 2010. L’énorme marée noire a laissé 572 milles de littoral recouvert de marée noire et coûté la vie à des milliers d’oiseaux et de créatures marines. Les experts ont déclaré que cette marée noire aurait un impact à long terme sur l’environnement.

En 2008 et 2009, un oléoduc de 55 ans appartenant à Shell s’est rompu à deux reprises, donnant 600 000 barils de pétrole brut, dans les criques environnantes du delta du Niger. Royal Dutch Shell et la multinationale pétrolière italienne ENI ont admis plus de 550 déversements de pétrole dans le delta du Niger l’année dernière, selon une analyse publiée par Amnesty International. Les marées noires de Bodo, au Nigeria, ont fait l’objet d’années de querelles juridiques. En 2015, Shell a accepté la responsabilité des déversements et accepté de verser 83 millions de dollars aux villageois de Bodo et d’assainir leurs terres et leurs cours d’eau.

Et le Sénégal dans tout ça ?

Dans le contrat de recherche et de partage de production d’hydrocarbures entre l’Etat du Sénégal et Total, nous y notons quelques points parlant de prévention et de réduction de pollution :

b- éviter que les hydrocarbures ainsi que la boue ou tout autre produit utilisés dans les opérations pétrolières ne soient gaspillées ou ne polluent les nappes aquifères.

d- assurer la protection de l’environnement, prévenir les accidents et en limiter les conséquences, et notamment prévenir, réduire et maitriser la pollution de l’environnement et s’il y a lieu restaurer les sites et entreprendre les travaux d’abandon à l’achèvement de chaque opération pétrolière dans les conditions fixées à l’article 20-ci dessous

Article 32.2 L’arbitrage aura lieu à Paris (France). La procédure d’arbitrage sera conduite en langue française et la loi applicable sera la loi sénégalaise. La sentence du tribunal est rendue à titre définitif et irrévocable ; elle s’impose aux Parties et est immédiatement exécutoire.

Le Sénégal, ne devait-il pas forcer Total à mettre en place un fond détenu par le Sénégal pour la mise en place d’un système de prévention contre les accidents de forages ?

Le Sénégal, est-il vraiment prêt pour la production de pétrole ? Tous les pays africains producteurs de pétrole n’ont pas eu un indice de développement humain élevé relatif à la production de pétrole. Dans ce cas, n’est-il pas plus sage de combattre la corruption avant de se lancer dans la production de cet or noir qui est souvent synonyme de malédiction du pétrole ?

Mohamed Dia, Consultant bancaire

Email : mohamedbaboyedia@gmail.com

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