Suppression de la dépénalisation: plus rien ne s’oppose à l’adoption du nouveau code de la presse

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Plus rien ne s’oppose à l’adoption du nouveau code de la presse. La dépénalisation, qui constituait le point d’achoppement entre la corporation et le pouvoir public, est supprimée. Depuis hier à Saly, acteurs de la presse, députés et anciens ministres de l’Information se penchent sur le nouveau projet du Code de la presse relooké. Les journalistes se réjouissent certes de l’initiative du ministère de la Communication, mais ils déplorent que le texte ne leur ait pas été remis à temps.

Le projet de code de la presse qui dormait dans les tiroirs, depuis 2006, a été dépoussiéré et soumis à une relecture. Depuis hier, à Saly Portudal, les journalistes, des députés et d’anciens ministres de la Communication du régime de Wade sont à pied d’œuvre. L’ancienne mouture n’a jamais porté l’assentiment des tenants du régime libéral, notamment des députés qui avaient juré de ne jamais le voter. Donc, un nouveau projet a été présenté par le Comité scientifique dirigé par le magistrat Mouhamadou Bamba Niang. Même si des critiques ont été émises sur la démarche, tout porte à croire qu’il n’y aura pas beaucoup de réticences, cette fois-ci, à l’Assemblée nationale. Car, le point portant sur la dépénalisation, qui constituait le point de blocage entre la presse et le régime d’abord libéral puis celui de Macky Sall, a été enlevé.

‘’La question de la dépénalisation ne constitue plus un point d’achoppement entre différents acteurs. C’est donc le lieu de remercier et féliciter le Comité scientifique pour l’excellent travail de facilitateurs qu’ils ont fait’’, a déclaré le ministre de la Communication, Mbagnick Ndiaye, lors de la cérémonie d’ouverture du séminaire qui prend fin demain. En effet, selon les précisions de Bamba Niang, ‘’ fondamentalement, ce qui a changé, c’est le régime pénal, car on ne parle plus de dépénalisation. D’ailleurs, on n’en a jamais parlé, car il s’agissait de prévoir des peines d’amendes fermes pour les infractions commises par les journalistes dans l’exercice de leur fonction’’. Il a ajouté qu’avec la nouvelle mouture, ‘’on a juste remis à niveau la partie relative à la communication audiovisuelle, compte tenu de l’avènement du numérique’’.

Ces précisions du ministre et du président du Comité poussent le député Moustapha Diakhaté à applaudir des deux mains. ‘’Je suis extrêmement optimiste, parce que le point de friction, qui était dans le code et qui avait empêché la 11ème législature d’adopter la loi est en train d’être réglé. Je reste convaincu qu’on a le bon code’’, s’est réjoui le président du Groupe parlementaire Benno Bokk Yaakaar. Du côté de la presse, les différents acteurs se sont réjouis de la tenue d’un tel séminaire, mais les professionnels de l’information se sont désolés que le Code ait traîné à cause de la dépénalisation. Selon Mamadou Ibra Kane, président du Conseil des diffuseurs et des éditeurs de presse au Sénégal (CDEPS), ‘’c’est fausser le débat que de le poser en termes de dépénalisation’’. A ce propos, il rappelle que pour une bonne partie de l’opinion et pour les députés, un journaliste ne doit pas aller en prison. ‘’C’est ça qui bloquait et qui fait que le code n’a pas abouti jusqu’à présent, car le camp présidentiel sous Wade, puis sous Macky, est farouchement opposé au fait que le journaliste n’aille pas en prison.’’

Or, renchérit le secrétaire général du Synpics, Ibrahima Khaliloulah Ndiaye, tel n’a jamais été le cas. ‘’Les journalistes ne sont pas là pour dire qu’ils sont des citoyens entièrement à part. Je pense qu’il faudrait que les gens ramènent les choses à leurs justes proportions’’, a martelé le journaliste. Il a ajouté que ce n’était pas une demande de la presse sénégalaise.

Cependant, même si les journalistes ont salué l’initiative du ministère, ils n’apprécient pas la démarche, car ils n’ont pas eu le temps d’étudier la nouvelle mouture pour y apporter des amendements au besoin. ‘’Ce qu’il faut regretter, c’est la méthode un peu cavalière du ministère, car c’est ici qu’on a découvert la mouture du code’’, a dénoncé Ibrahima Lissa Faye, Président de l’Association de la presse en ligne (Apel). Il a fustigé la non-implication des journalistes. Une situation qui, à ses yeux, fait qu’il y a beaucoup de dispositions nouvelles qui parfois aussi sont plus répressives. ‘’Ce qu’on veut, c’est qu’on discute de tout et qu’on essaie de trouver le consensus le plus large pour que ce code soit un des meilleurs et crédibles’’, a soutenu le journaliste. Mamadou Ibra Kane a abondé dans le même sens. ‘’Nous sommes des intellectuels et ce sont des enjeux économiques, fiscaux et sociaux que nous représentons. Nous ne pouvons pas arriver dans une salle et qu’on nous donne un texte pour qu’on l’adopte’’, a pesté M. Kane. Et d’ajouter sur le même ton : ‘’Ce n’est pas possible ! Nous avons des experts, des juristes. Donc, il nous faut étudier la proposition du gouvernement pour y apporter une réponse.’’

Dans tous les cas, la concertation se poursuit jusqu’à samedi et selon Mbagnick Ndiaye, le Ministère de la Communication ne fera que superviser et attend des journalistes un texte consensuel, pour aider la presse.

dakarmatin

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