Un nouveau rapport des Nations Unies appelle à une refonte du système financier mondial

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António Guterres secrétaire général des Nations Unies

Plus de soixante organisations internationales, guidées par les Nations Unies et comprenant le Fonds monétaire international, le Groupe de la Banque mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce, tirent conjointement la sonnette d’alarme dans un nouveau rapport. Ils avertissent qu’à défaut d’un remaniement des systèmes financiers nationaux et internationaux, les gouvernements du monde entier échoueront dans leurs engagements liés à la lutte contre le changement climatique et à l’éradication de la pauvreté d’ici 2030.

Dans leur rapport, intitulé « Financement du Développement Durable 2019 », ces organisations internationales trouvent néanmoins certaines nouvelles positives: les investissements se sont renforcés dans certains pays et l’intérêt porté aux investissements durables a augmenté (75% des investisseurs individuels manifestant un intérêt pour l’impact de leurs investissements sur le monde).

Cependant, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 1,3% en 2017; les investissements dans de nombreux pays sont en baisse et 30 pays en développement sont à présent exposés à un risque élevé de surendettement ou sont déjà surendettés. Dans le même temps, la croissance mondiale semble avoir culminé à environ 3%.

Selon le rapport, changer la trajectoire actuelle du financement du développement durable ne consiste pas simplement à augmenter les investissements. La réalisation des objectifs mondiaux a besoin du soutien du système financier et de politiques favorables aux niveaux mondial et national.

Il ressort néanmoins du rapport que la mise en place de ces conditions favorable devient de plus en plus difficile. Les changements rapides au niveau technologique, géopolitique et climatique transforment nos économies et nos sociétés. Les institutions nationales et multilatérales existantes (qui ont permis de sortir des milliards de personnes de la pauvreté) luttent pour s’adapter. La confiance dans le système multilatéral a été mise à mal notamment parce que celui-ci n’est pas parvenu à faire en sorte que les profits soient distribués de manière équitable. La plupart des habitants du monde vivent aujourd’hui dans des pays où les inégalités sont croissantes.

« La confiance dans le système multilatéral lui-même se détériore notamment parce que nous ne réalisons pas une croissance inclusive et durable pour tous », a déclaré António Guterres, Secrétaire Général des Nations Unies, dans sa préface du rapport. « Notre défi commun consiste à rendre les systèmes commerciaux et financiers mondiaux propices à la promotion du développement durable et à une mondialisation équitable.»

Les auteurs du rapport proposent des mesures concrètes pour réorganiser l’architecture institutionnelle mondiale et rendre l’économie et la finance plus durables, notamment:

• Soutenir la transition vers un horizon d’investissement orienté sur le long terme avec, au cœur des décisions, la prise en compte des risques liés au développement durable ;

• Réviser les mécanismes de restructuration de la dette souveraine afin qu’elle puisse répondre à des instruments d’emprunt plus complexes et à un ensemble de créanciers plus diversifié ;

• Moderniser le système commercial multilatéral ;

• Relever les défis liés aux systèmes fiscaux empêchant les pays de mobiliser des ressources suffisantes dans une économie mondiale de plus en plus numérisée ; et

• Trouver des solutions à la concentration croissante du marché, qui s’étend au-delà des frontières, entrainant des conséquences sur les inégalités.

Au niveau national, le rapport présente une feuille de route pour les pays visant à réorganiser leurs systèmes financiers publics et privés afin de mobiliser les ressources nécessaires au développement durable. Dans cette même optique, il propose des outils permettant aux pays d’aligner leurs politiques de financement sur leurs stratégies et priorités nationales.

Un exemple des opportunités et des défis abordés dans le rapport concerne les nouvelles technologies et les fintech (innovation numérique dans le secteur financier). Ayant permis à plus d’un demi milliard de personnes d’avoir accès à des services financiers au cours des dernières années, l’attrait des fintech est évident. Mais alors que de nouveaux acteurs s’imposent et changent rapidement le marché, les régulateurs ont des difficultés à suivre. La fintech gagnant en importance, de plus en plus d’activités sortent du cadre réglementaire et peuvent compromettre la stabilité financière si elles sont laissées sans surveillance.

Les fintech réaliseront leurs promesses de développement si les approches réglementaires répondent à ces préoccupations. Leur mise en œuvre ne doit cependant pas étouffer l’innovation. Pour y parvenir, le rapport met en exergue l’importance des discussions entre les entreprises de la fintech, les institutions financières et les régulateurs. Il en ressort que la réglementation devra porter davantage sur les activités financières et leurs risques sous-jacents (indépendamment de l’entité qui les exerce) plutôt que sur le type d’institution.

« Nous avons une opportunité majeure de surmonter les obstacles liés au financement durable en 2019 », a déclaré M. Zhenmin Liu, Secrétaire Général Adjoint aux Affaires Economiques et Sociales et Président du Groupe de réflexion qui a publié le rapport. « Il incombe aux gouvernements de s’engager à nouveau pour le multilatéralisme et de prendre les mesures politiques qui créeront un avenir durable et prospère.»

Contexte: Ce rapport est le résultat d’un travail commun du Groupe de réflexion interinstitutions sur le financement du développement, regroupant plus de 60 agences des Nations Unies et organisations internationales. Le Bureau du Financement du Développement Durable du Département des Affaires Economiques et Sociales des Nations Unies est l’éditeur et le coordinateur de ce Groupe, en étroite coopération avec le Groupe de la Banque Mondiale, le FMI, l’OMC, la CNUCED et le PNUD. Le Groupe de réflexion, mandaté par le Programme d’Action d’Addis-Abeba, est présidé par M. Zhenmin LIU, Secrétaire Général Adjoint aux Affaires Economiques et Sociales. L’intégralité du rapport et de l’annexe est disponible sur le lien suivant: https://developmentfinance.un.org/

Le rapport constitue la base des discussions du Forum ECOSOC sur le Financement du Développement (15-18 avril 2019), au cours duquel les États membres s’accordent sur les mesures nécessaires au financement du développement durable. La « SDG Investment Fair », qui réunit des représentants des pays et des investisseurs, aura également lieu les 15 et 16 avril au siège de l’ONU.

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