Gambie – Fatu Camara : « Le pays a besoin d’une psychothérapie nationale »

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L’animatrice et militante gambienne d’opposition en exil du « Fatu Network » décrypte l’incroyable résultat de l’élection présidentielle.Fatu Camara connaît le régime de Yahya Jammeh, le président gambien, de l’intérieur.

Et pour cause : elle était son attachée de presse quand elle a été arrêtée pour avoir communiqué des informations sur lui aux médias de la diaspora. Au cours du procès, elle a été libérée sous caution (150 000 dalasis, 3 287 euros) et s’est enfuie. Elle vit depuis 2013 aux États-Unis, où elle élève ses trois fils et anime The Fatu Network, un programme de radio très écouté par la diaspora. Aujourd’hui, elle salue le résultat stupéfiant de l’élection à l’issue de laquelle celui qui disait qu’il resterait « des milliards d’années » a accepté sa défaite, tout en restant sur ses gardes.

Le Point Afrique : Avez-vous été surprise par le résultat de l’élection et, surtout, par le fait que Jammeh l’accepte ?

Fatu Camara : Très ! Nous nous attendions à une bataille très dure, nous ne pensions pas que ce serait aussi facile. Nous pensions que le sang coulerait, que des gens mourraient, nous avions même mis nos auditeurs en garde en disant que la démocratie était à ce prix. Nous pensions que Jammeh répliquerait, qu’il enverrait son armée. Nous avions envoyé des messages WhatsApp audio aux soldats pour leur dire « Ne tuez pas votre peuple, vous êtes censés le protéger ». Et aux gens : « Si un soldat s’approche pour vous battre, dites-lui qu’il ne doit pas le faire, mais que vous êtes prêt. » Avec les réseaux sociaux, beaucoup de dictateurs vont tomber maintenant. Surtout WhatsApp. Nous avons enregistré des messages audio, qui étaient relayés, écoutés par des milliers de personnes chaque jour. Nous disions : « Vous avez un choix à faire, vous pouvez rester des esclaves ou essayer de reconstruire. Vous n’avez pas de nourriture, vous ne pouvez pas vous exprimer librement… » J’ai commencé à recevoir des messages, même de petits villages. Ils disaient : « Nous n’avons rien reçu aujourd’hui, nous attendons ! » Et beaucoup de Gambiens ont commencé à s’engager en politique

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