IMPACTS ECONOMIQUES CORONAVIRUS: Une hausse des prix de certains produits prévisible dans deux mois

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Les prix de certains produits vont connaître un renchérissement, si la pandémie du coronavirus n’est pas complètement maitrisée. C’est ce qu’ont soutenu les commerçants sénégalais et acteurs du secteur privé interpelés sur la question par ‘’EnQuête’’.

La pandémie du coronavirus ou Covid-19 n’a pas seulement de conséquences sanitaires à travers le monde. Au Sénégal, les commerçants craignent une hausse des prix de certains produits, dans deux à trois mois, si l’expansion du virus n’est pas circonscrite. ‘’Dans trois mois, le coronavirus aura un fort impact sur l’économie sénégalaise et notamment le commerce, en particulier sur certains produits. Pour le moment, ce n’est pas encore le cas’’, soutient le secrétaire général de l’Union nationale des commerçants et industriels du Sénégal (Unacois/Jappo) joint au téléphone par ‘’EnQuête’’.

Mamadou Dieng explique que l’apparition du virus a coïncidé avec la période des fêtes du Nouvel an en Chine et la plupart des commerçants sénégalais avaient déjà fait leurs achats et les marchandises étaient déjà livrées. C’est donc au retour des fêtes que les commerçants devaient y retourner pour d’autres commandes.

D’après M. Dieng, c’est peut-être à ce niveau qu’il y aura des couacs. ‘’Concernant certains produits de consommation de base, il peut ne pas y avoir d’impact. Il s’agit notamment du riz et de l’huile’’, dit-il. Parce qu’il y a, à côté, l’Inde, le Pakistan d’où le Sénégal importe le riz. Et pour l’huile, la Malaisie est un fournisseur du Sénégal, de même que la Côte d’Ivoire dans la sous-région. ‘’Nous sommes dans un cadre sous-régional où il n’y a pas encore certaines restrictions. A ce niveau, il n’y aura pas de conséquences immédiates. Pour l’oignon et la pomme de terre, la production locale peut ravitailler le marché sur une période de 8 mois’’, renchérit le SG de l’Unacois/Jappo.

‘’Il y a des commerçants au sein de l’Unacois qui ont quitté actuellement le pays pour aller en Chine’’

Par contre, M. Diagne souligne que pour les autres produits, l’expansion du coronavirus peut influer sur leurs prix. ‘’C’est vrai qu’il est actuellement difficile de se déplacer d’un pays à un autre. Mais au Sénégal, il y a des commerçants au sein de l’Unacois qui ont quitté actuellement le pays pour aller en Chine et chercher de la marchandise. Ils se rendent à Shanghai et à Ganzhou. Dans ces villes, aucun problème lié au coronavirus n’a été signalé. La province la plus concernée par le virus est Wuhan’’, confie notre interlocuteur. En fait, la plupart des commerçants sénégalais ont l’habitude de voyager dans l’’’Empire du milieu’’ pour s’approvisionner en différents produits, notamment les denrées alimentaires, les matériaux de construction, les produits cosmétiques, etc. ‘’Il y a déjà des commerçants qui ont payé pour le transfert de leurs conteneurs et qui sont bloqués à Pékin à cause du virus. Ceux qui voulaient partir sont obligés de rester. Ils croisent les doigts chaque jour. De l’autre côté, les produits qui avaient déjà été importés, s’il n’y a pas de renouvellement de stocks, vont diminuer et leur coût va renchérir. Il y a une grande probabilité que les prix des produits augmentent. Ce qui n’est pas bon pour les consommateurs qui sont nos clients’’, se désole le directeur exécutif de l’Unacois/Yessal.

Alla Dieng affirme, d’ailleurs, que dans ‘’un mois ou 60 jours au plus tard’,’ s’il n’y a pas de solution, il y aura des ‘’impacts extraordinaires’’ sur l’économie nationale. ‘’Et ce n’est pas seulement sur les importations. Il y a aussi les projets que l’Etat a signés avec les Chinois qui seront impactés. Des ingénieurs doivent venir pour suivre les travaux exécutés par les entreprises de leur pays, de même que les autres Chinois qui ont des entreprises en dehors de l’Etat. Ces gens sont obligés d’aller et de venir. Donc, on croise les doigts en nous disant que d’ici 60 jours, le virus sera maitrisé’’, espère le directeur exécutif de l’Unacois/Yessal.

Pour lui, l’Etat doit mettre en place des dispositifs adéquats, au niveau des aéroports, ports, frontières terrestres, comme ce fut le cas avec la fièvre Ébola. Cela pourrait aider à limiter le nombre de cas au 4 enregistrés au Sénégal. Même si on arrivait à trouver le vaccin, Alla Dieng reste sceptique par rapport à sa date d’industrialisation et le temps qu’il faudra pour que le virus disparaisse à jamais.

Toutefois, il précise qu’aujourd’hui, avec Internet, on peut importer sans se déplacer, grâce à l’e-banking. ‘’Actuellement, il n’y a pas une ville chinoise qui est sûre. On peut se rendre dans certaines zones non touchées pour faire des achats et avoir ses conteneurs dans les grands ports d’embarquement. Le virus est incontrôlable’’, craint Alla Dieng.

Mbareck Diop (SG BTP) : ‘’On ne dispose pas encore de statistiques’’

En réalité, le coronavirus ne va pas impacter seulement le commerce. Il touchera tous les secteurs. ‘’Il arrivera un moment où les produits qui sont fabriqués en Chine seront en arrêt de production ou auront un tel ralentissement que cela va se répercuter sur tous ceux qui dépendaient de ces produits-là. Que ce soit les machines, les voitures, les produits pharmaceutiques, etc.’’, prévient le secrétaire général du Syndicat national du BTP, membre du Conseil national du patronat (CNP). Cependant, Mbareck Diop informe que pour le moment, il sera ‘’difficile d’avoir des chiffres exacts’’. ‘’Parce qu’on ne dispose pas encore de statistiques. Il y aura certes un impact. Mais pour l’évaluer, il faudra des études au niveau macroéconomique. Il y a des organismes spécialisés qui sont chargés de le faire, mais qui n’ont pas encore établi de chiffres’’, relève-t-il.

Il convient de noter que, selon le Bulletin mensuel des statistiques du commerce extérieur du mois de janvier 2020, publié le 3 mars dernier par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), l’amélioration du solde du Sénégal pendant cette période est expliquée par l’excédent vis-à-vis de la Chine. Il est estimé ‘’+36,4 milliards de F CFA contre -2,8 milliards de F CFA’’ au mois précédent. Par rapport aux exportations, les principaux clients du Sénégal sont la Chine à hauteur de 26,8 %, la Suisse de 12,9 %, l’Inde de 8,4 %, le Mali de 7,2 % et les Etats-Unis de 4,5 %. Et concernant les importations, la Chine reste le 3e fournisseur du Sénégal, avec 9,7 % après la France (14,6 %) et le Nigeria (10,9 %).

Une possibilité de relance pour la production locale

‘’On est complètement lié à l’économie chinoise. Il y a des relations tellement profondes qui font que nos échanges sont directement ou indirectement orientés vers la Chine. Au fur et à mesure, nous découvrons que nous sommes tributaires des performances et des contre-performances de l’économie chinoise’’, témoigne le secrétaire exécutif de la Confédération nationale des employeurs du Sénégal (CNES). Mor Talla Kane souligne aussi que 80 % des médicaments à travers le monde proviennent de la Chine. ‘’Tous les secteurs stratégiques tels que la santé, sont entre les mains des Chinois sans que l’on ne s’en aperçoive. Le prix du baril du pétrole a fortement baissé et dans certaines économies, on le sent fortement. Mais, au Sénégal, le mécanisme fait que nous n’en profitons pas. Or, quand la Chine a des difficultés de production, il y a la demande du pétrole qui baisse et toute l’économie mondiale sombre avec’’, regrette-t-il.

Mais au Sénégal, M. Kane affirme qu’il y a des stratégies de relance. ‘’S’il n’y a plus de production venant de la Chine, les gens seront obligés de donner de plus belles couleurs à la production nationale. Si le besoin est encore là, les producteurs sénégalais pourront rebondir et produire aux consommateurs sénégalais ces biens qui étaient importés de Chine’’, suggère-t-il.

Par contre, le SG de la CNES reconnait qu’il y a plusieurs intrants qui entrent dans la production de ces biens d’équipement et si la Chine n’arrive pas à les produire, la machine de la production risque d’avoir des difficultés.

En France, le ministre des Finances, Bruno Le Maire, a reconnu, hier, que l’épidémie aura un impact ‘’sévère’’ sur l’économie française qui devrait se chiffrer à plusieurs dizaines de points pour 2020. ‘’Dès la mi-février, nous voyons un impact très concret sur l’économie. Il y aura une nouvelle évaluation chiffrée, lors de la présentation du pacte de stabilité le 15 avril prochain.  Un certain nombre de secteurs sont très durement touchés et l’impact est parfois violent’’, informe le ministre français. D’après lui, il y a une baisse de chiffres d’affaires de près de 60 % en moyenne chez les traiteurs, de 30 à 40 % dans l’hôtellerie, de 25 % pour les restaurateurs et des chiffres encore plus forts dans tout le secteur de l’événementiel. ‘’Les annulations se font aujourd’hui en cascade. D’autres secteurs comme l’automobile ou l’aérien sont structurellement touchés’’, reconnait Bruno Le Maire.

Les bourses en chute libre

Il convient de noter que le coronavirus a aussi touché les bourses. Le Cac 40 est tombé à moins de 4 700 points, perdant alors 8,72 %, ‘’du jamais vu depuis la crise de 2008’’. Et les grandes entreprises françaises et britanniques qui ont des filiales au Sénégal ont également vu leurs actions baisser. Il s’agit de la compagnie pétrolière British Petrolum (BP) dont les actions ont clôturé en baisse. Elles ont chuté de 19,48 %, à 16 h. Total a lâché de 16,61 %, à 17 h 30, Royal Dutch Shell de 17,48 %. Et les banques n’ont pas échappé à ce mouvement.

En effet, la Société générale, la filiale mère de la Société générale de banques au Sénégal (SGBS) devenue Société générale Sénégal, a connu une chute de ‘’-17,6 %’’, le Crédit agricole de ‘’-16,9 %’’. BNP Paribas, filiale mère de la Banque internationale pour le commerce et l’industrie du Sénégal (BICIS) s’est retrouvée avec une perte de ‘’-12,3 %’’ en bourse. ‘’La baisse des bourses est inquiétante et il faut aller en 2008 pour retrouver de telle baisses. Personne ne se réjouit que la Chine connaisse des difficultés. Parce qu’elle s’est installée au cœur du système de production international’’, signale Mor Talla Kane. Il rappelle que le monde est dans une économie interconnectée où la crise se transmet très rapidement, avec des chaines de valeur pour la production.

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