La vérité se trouve dans les signes pour qui sait y prêter attention (Par Abdoul Mbaye)

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Les élections législatives organisées au Sénégal le 31 juillet 2022 ont fait sortir des urnes une vérité tout aussi simple qu’indéniable : au moins le désaveu d’un mode de gouvernance, au pire le rejet du gouvernant suprême qu’est Macky Sall.
Il reste encore à ce dernier quelques mois s’il ne souhaite sortir de l’histoire de son pays lorsqu’il quittera ses fonctions de Président de la République en 2024.
Ceux qui ont en partie été artisans de sa défaite électorale à l’occasion des élections législatives (car elle en est une) ne quitteront pas leurs habits de laudateurs et thuriféraires. Ils seront sans aucun doute dans un proche avenir ceux de son successeur. Dans cette attente, ils continueront de crier victoire, en s’accrochant à des statistiques et en refusant d’en interpréter l’évolution. Ils ne cesseront de lui chuchoter à l’oreille qu’il peut rester dans sa démarche de mépris des critiques, contestations et souhaits de l’opposition, toutes exprimées pour le meilleur de notre Sénégal. Ils le confirmeront dans sa vieille conviction qu’une démocratie n’a pas besoin d’opposition.
Vouloir la « réduire à sa plus simple expression », mettre en œuvre une stratégie au service de cet objectif, utiliser la justice pour en faire condamner les membres, refuser la modification du code électoral sur des points permettant la suppression automatique de leurs droits civiques, ne pas hésiter à les emprisonner sauf lorsqu’ils acceptaient de quitter leur camp, acheter leurs consciences par corruption, les priver de marchés de consultance, lancer à leurs trousses de multiples inspections, rien n’aura été de trop au service de cette obsession.
La vérité aujourd’hui est celle de l’échec de cette stratégie lorsque le peuple décide d’une majorité d’opposants déclarés pour les représenter à l’Assemblée nationale.
Macky Sall doit savoir lire et reconnaître les signes. Ils sont pour guider son action future et choisir le sort que l’Histoire lui réserverait.
Qu’il bouche ses oreilles à ceux qui l’ont aidé à en arriver à cette situation. Qu’il les ouvre à son peuple, celui qui l’a triomphalement élu en 2012 sur la base d’un projet de ruptures déjà indispensables à la gouvernance de notre pays il y a dix années, et toujours absentes.
La cohabitation est déjà un fait. Elle n’est pas subtilités et dissertations juridiques. Elle exige tout simplement du Président de la République l’écoute de ceux qui ont reçu mandat de représenter le Peuple qui l’a élu et pour lequel il gouverne.
Il suffit qu’il soit attentif aux demandes et propositions de lois qui sans doute viendront portant notamment sur les vieilles demandes suivantes :
• La restauration de la démocratie sénégalaise pour de nouveau la rendre exemplaire à l’échelle africaine et mondiale. Elle repose sur un Code électoral révisé prenant en compte la décision rendue par la Cour de justice de la CEDAO relative à la suppression du parrainage, les recommandations formulées par des audits internationaux indépendants à l’occasion du dialogue politique par lui ouvert, et déjà retenues par l’opposition ; le respect total et constant par Macky Sall de la loi sénégalaise en commençant pas sa Constitution ; une demande de justice indépendante et équitable.
• La révision de la loi dite « anti-terroriste » manifestement « anti-opposition » parce qu’assimilant un simple casseur à un terroriste et dont les premières dérives sont déjà vécues avec le décès de François Mancabou en garde à vue.
• La liberté laissée au déroulement des manifestations pacifiques qui restent d’ailleurs pour lui un bon baromètre pour apprécier ce que souhaite le Peuple.
• Une lutte réelle et efficace contre la corruption, commençant par des poursuites engagées contre les personnes déjà identifiées dans les rapports des organes de contrôle de l’État.
• La prise en compte d’exigences populaires fortes portant sur le rejet du troisième mandat, la fin de l’accaparement foncier par les élites politiques du régime, une priorité de haut niveau donnée à la lutte contre les inondations, davantage d’attention consacrée à l’organisation des campagnes agricoles avec arrêt des trafics en tout genre dont dépendent les distributions de semences, d’engrais et de matériels agricoles.
La liste est bien entendu plus longue, mais le temps qu’il lui reste est court. Je m’en suis donc tenu à quelques actions et décisions qui pourraient être des signaux forts pour l’aider à quitter le pouvoir de la manière la plus convenable possible, dans l’intérêt du Sénégal et des Sénégalais.
Abdoul Mbaye
Ancien Premier ministre
Président du parti ACT
Dakar le 5 aout 2022

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