Le football n’est pas de la mathématique ; et les footballeurs ne sont pas des machines ! (Par Baba G. Diallo)

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Au Sénégal, s’agissant du football, on dit souvent que tout le monde est expert du fait que chacun, au lendemain d’une victoire ou d’un match nul ou d’une défaite, s’essaye à analyser le résultat. Ce qui offusque certains professionnels du secteur.

Le football est le sport roi. Il déchaîne les passions, rassemble les foules, renforce le nationalisme et le sentiment d’appartenance à un même pays. Quand le Sénégal joue, c’est tous les Sénégalais qui aiment le football qui sont concernés. Analyser un match, ce n’est pas une affaire exclusive de véritables experts dans le domaine. En 2002, le jour de la défaite du Sénégal en quart de finale de la Coupe du monde contre la Turquie, une femme vendeuse de cacahuète au bord de la route qui a suivi le match a dit ceci : «Les joueurs étaient fatigués pourquoi l’entraîneur du Sénégal n’a t-il pas procédé à des changements comme l’a fait son homologue turc ?»

La question était pertinente mais la personne, la seule habilitée à répondre n’était pas là. Il s’agissait de feu Bruno Metsu. Plus tard, la même question lui a été posée par la presse. Il avait répondu : « Si c’était à refaire, je referai la même chose.»
Le double ballon d’or africain, El hadj Diouf au sommet de son art était fatigué de même que ses coéquipiers. Le Sénégal venait de jouer cent dix sept (117) minutes sans procéder à un remplacement. Ironie du sort, c’est le remplaçant de l’équipe nationale de la Turquie qui a inscrit le but de la victoire contre le Sénégal.

La vendeuse de cacahuètes au bord de la route a posé une question que tout le monde s’est posé après la défaite du Sénégal face à la Turquie. Les joueurs étaient fatigués. Tout le monde l’avait constaté. Alors, pourquoi feu Bruno Metsu, n’a t- il pas procédé à des changements ? La réponse est connue de tous. Si c’est à refaire, il refera la même chose.
Peut-on reprocher à la vendeuse de cacahuètes de s’intéresser au foot ball, de poser des questions et de s’interroger sur la compétence de l’entraineur ? Le fait qu’elle participe aux commentaires après match, signifie t’il qu’elle est experte. Il y a dans le football du vécu collectif ou individuel propre à chacun, de grâce, laissez les gens s’exprimer sans les étiqueter d’être ce qu’ils n’ont jamais déclaré être.

Par ailleurs, dans une poule composée des équipes de Pologne, du Japon et de la Colombie, on espérait que le Sénégalais allait passer sans problème le premier tour c’est-à-dire la phase de poule à la coupe du monde de 2018 en Russie du fait que l’on a des joueurs qui évoluent dans les championnats de haut niveau dans lesquels ils sont titulaires dans leur club.
Sur ce, on a le sentiment, nous Sénégalais, d’être les plus forts. On ne regarde pas ce qui se passe ailleurs, s’il nous arrive de le faire, on garde malheureusement le sentiment que nous sommes toujours les meilleurs. Or cela ne correspond pas à la réalité. Le football a beaucoup évolué sous l’influence de l’installation des centres de formation et de la mondialisation.
Les footballeurs sont des êtres humains qui connaissent des périodes de forme et de méforme qui peuvent être liés à des problèmes dans la famille, avec les enfants ou le stress. Ils sont aimés ou détestés. Bref ! Ils rencontrent comme tous les communs des mortels des problèmes existentiels liés à la condition humaine. Ce qui fait que ce n’est pas le même joueur qui joue dans deux matchs différents. Dans l’un des matchs, il peut être performant et dans l’autre, être beaucoup moins pour des raisons propres à lui ou à l’environnement dans lequel il est. Les footballeurs ne sont pas des machines. Donc, il faut espérer d’eux, ce qui est humainement possible.

Le match nul que le Sénégal a concédé face à l’équipe de Madagascar (ce 09 Septembre 2018 à Tana) est commenté par les uns comme un échec (comme s’il était inscrit dans les gènes du football que l’on doit naturellement battre les malgaches) et par les autres comme une réussite (un point gagné à l’extérieur est une bonne chose). Par au delà les commentaires des uns et des autres, il faut saluer l’esprit de commando de nos compatriotes footballeurs qui abandonnent à chaque fois que de besoin leur club en compétition pour répondre à l’appel de la nation.

Ces compatriotes footballeurs nous viennent de partout, de la France, de l’Italie, de l’Allemagne, de l’Angleterre etc. avec la volonté de servir leur pays là ils sont (dans le football) et se rencontrent le temps de s’organiser et d’entrer sur le terrain avec une lourde mission de gagner le match dans lequel ils sont engagés. Tantôt, ils gagnent. Tantôt, ils font match nul. Tantôt, ils perdent. C’est la loi du foot ball.

Si le fait d’être appelé en équipe nationale est un privilège, cependant, il ne serait pas juste de ne pas voir les risques auxquels les appelés sont potentiellement exposés : blessure et perte de place de titulaire dans leur club. Le choix de répondre à l’appel de son pays est à saluer à plus d’un titre. Ce qui ne peut justifier la nonchalance des footballeurs et la contre performance de l’équipe nationale.
Le processus d’avoir une équipe nationale est parfois long surtout dans un contexte où le championnat national n’est pas relevé où les joueurs qui la constituent sont éparpillés partout dans le monde et ne se voient que lors d’un regroupement en perspective d’un match international. A cela, il faut ajouter le changement constant de liste de footballeurs appelés en équipe nationale et les critères de « jouer et être titulaire dans son club » qui ne suffisent pas à juger un joueur du fait qu’en club c’est l’entraineur qui peut booster ou faire reculer sa carrière.

S’il vous estime bien, il vous donne votre chance et il vous donne du temps de jeu. Et dans le cas contraire, il vous met au banc. Tony Silva ancien gardien des Lions était mis au frigo par son entraineur à Monaco, ce n’était pas par ce qu’il n’était pas bon au contraire c’est par ce qu’il ne le voulait pas lui donner la chance de s’exprimer. El Hadj Diouf, double ballon d’or africain, malgré son immense talent n’a pas pu s’exprimer comme il le souhaitait à Liverpool à cause de son entraineur Gérard Houiller qui ne le portait pas dans son cœur apres l’avoir recruté.
Le football n’est pas de la mathématique. Et les footballeurs ne sont pas des machines.
Vive le Sénégal !
Vive la République !

Par Baba Gallé DIALLO
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