Rivalités à la tête du Mfdc : qui pour occuper le fauteuil de l’abbé Diamacoune ?

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Tirant sa révérence en janvier 2007 à l’âge de 78 ans, l’abbé Diamacoune Senghor a laissé au Mouvement des forces démocratiques de la Casamance une guerre fratricide qui, en rendant difficile toute négociation, ne fait qu’exacerber la rébellion au lieu de la faire disparaitre. Pour rappel, une première dissidence, animée par le fondateur d’Atika et ancien élément de l’armée coloniale Sidy Badji, eut lieu en 1991. Cela, en direction de la signature des premiers accords de paix. Au lendemain de ces pourparlers, le mouvement est morcelé entre Front Nord (sous le contrôle de Sidy Badji et de son lieutenant Kamougué Diatta) et Front Sud. Les pires atrocités commises dans les années 90 portèrent la signature ce Front Sud, qui comptait dans ses rangs un certain Salif Sadio.
Salif Sadio :  une vie de rebelle
Le chef d’état-major, avec le vieillissement du prélat qui eut des répercussions sur le management du mouvement indépendantiste, prend de la bouteille et dirige la branche armée du Mfdc d’une main de fer. Profitant de la crise bissau-guinéenne, il installe son quartier général à Baraka-Mandioka, tout près de São Domingos avant de remonter, au lendemain de la mort du général Ansoumana Mané, vers la frontière entre le Sénégal et la Gambie, où il eut pour parrain l’ex-dictateur Yahya Jammeh. Décrit comme un personnage mutique, Sadio est né, dans les années 50 à Kartiak, dans le département de Bignona. Il a fréquenté l’école française et a arrêté ses études en classe de seconde au lycée Djiniabo de Ziguinchor. Celui qui a intégré le maquis vers 1985 compense ses lacunes intellectuelles par un goût de la lecture à tout savoir. On attribue à ces hauts faits d’armes la capture puis l’exécution sommaire de Léopold Sagna, à l’époque proche de Coumba Yalla. « Tant que je reste vivant et bien portant, même s’il ne reste que quatre combattants, nous libérerons la Casamance », nargue-t-il son monde. Depuis quelques années, il a assoupli sa ligne radicale contre l’Etat du Sénégal avec lequel il négocie sous les auspices de la Communauté Sant-Egidio de Rome.
Mamadou Nkrumah Sané : le dépositaire de la légitimité historique
Présenté comme l’idéologue du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance, Mamadou Sané, dit Nkrumah (du nom de l’ancien président ghanéen) vit en exil à Paris. Dès la première manifestation publique organisée par le Mfdc le 26 décembre 1982, il est arrêté et passe neuf ans en prison, en application du verdict rendu le 18 décembre 1983 par la Cour de Sûreté de l’Etat. Après son élargissement, il est expulsé du Sénégal et fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par le gouvernement sénégalais en 1997. La plupart des radicaux du maquis admettent sa légitimité acquise de haute lutte, même s’il est parfois contesté par Salif Sadio et César Atoute Badiate, qui lui reprochaient son parti pris manifeste pour le groupe armé d’Ousmane Niantang Diatta. A près de 77 ans, il est le représentant du Mfdc en France. Cet originaire du village de Diégoune a reçu des émissaires de Me Abdoulaye en 2005, mais les discussions n’avaient pas abouti, puisqu’il avait élevé la barre très haut en demandant purement et simplement l’indépendance de la Casamance. Naturellement, il revendique le titre de leader du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance depuis le décès de l’abbé Diamacoune Senghor.
Atoute Badiate : le César de la périphérie de Ziguinchor
Opposé à Salif Sadio par une rivalité qui a duré déjà dix ans, le commandant du Front Sud César Atoute Badiate, qui s’est autoproclamé « commandant suprême », aime les coups d’éclat. C’est un as du chantage qui détient des otages. Quand ses intérêts l’exigent de lui, il théorise l’unité du Mfdc et tend la main à Salif Sadio pour appeler de ses vœux la tenue des assises du mouvement irrédentiste, qui écume la Casamance depuis plus le 26 décembre 1982. Au milieu des difficultés, il ne rechigne pas à appeler au dialogue l’Etat. Difficile de le cerner. On le voit même parfois mettre en garde le Sénégal contre toute intervention en Gambie, alors que Yahya Jahma est décrit comme le parrain de son rival Sadio. Il sait comment profiter des conjonctures politiques pour faire monter les enchères.    Il est très actif à la périphérie de Ziguinchor (Kassana, Baraf, Mamatoro, Diabir, Djibélor, voire Kénia). C’est-à-dire tout près de la zone où a été perpétrée le massacre de ce samedi 6 janvier 2018. En 2012, son quartier général a été localisé à Kossalole.
Jean François Marie Biagui : le détracteur de la médiation de San ’Egidio
Ancien secrétaire général du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance, Jean François Marie Biagui conteste Salif sadio comme le principal représentant du mouvement indépendantiste, relativement aux négociations pour la paix menées sous l’égide la congrégation Sant’ Egidio. Il pense que Sadio et ses troupes ne représentent plus que 10 % de la rébellion, puisque n’occupant aucun territoire au Sénégal. En 2015, le ministère de l’Intérieur lui a refusé un récépissé afférent à la création, par ses soins, d’un parti politique dénommé le Mouvement pour le fédéralisme et la démocratie constitutionnels (Mfdc). Motif :  le sigle se confond avec celui du mouvement rebelle de Casamance.

Abdou Elinkine Diatta : chef autoproclamé du Mfdc
Abdou Elinkine Diatta, ex-porte-parole du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance du vivant de l’abbé Diamacoune Senghor, est également des héritiers du père-fondateur qui veulent occuper le fauteuil de secrétaire général. Il ne se gêne pas pour revendiquer publiquement le poste tant convoité. Le dimanche 5 mars 2017 à la place Mangoukouro de Ziguinchor, il s’est autoproclamé nouveau secrétaire général du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (Mfdc).
Son discours est parsemé d’ambiguïtés. Le fait de déplorer la guerre ne l’empêche pas de militer pour l’indépendance de la Casamance. Celui qui a ses bureaux au quartier populaire de Soucoupapaye dans la banlieue de Ziguinchor est dans le viseur des radicaux du maquis qui lui reprochent sa boulimie de pouvoir. Cette jalousie vire à la méfiance. Ainsi, son style très conciliant envers l’Etat du Sénégal est perçu par ses rivaux comme un double -jeu.

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